Émile Duclaux (1840 - 1904)
Portrait d'Émile Duclaux
Journalistes et intellectuels
Un des plus illustres savants dreyfusards, directeur de l'Institut Pasteur, Émile Duclaux était né dans le Cantal, à Aurillac, le 24 juin 1840.Fils d'un huissier et d'une épicière, normalien, agrégé de physique en 1862, Émile Duclaux est professeur de microbiologie à l'Institut national agronomique. Collaborateur puis successeur de Louis Pasteur, il est élu à l'Académie des sciences dès 1888 et à l'Académie de médecine en 1894. Mis dans les premiers noms des dreyfusards potentiels par Lucien Herr, il est effectivement l'un des premiers scientifiques signataires de la protestation contre l'acquittement d'Esterhazy et les mystères du procès de 1894, dans L'Aurore du 14 janvier 1898.
Dès le 6 décembre 1897, il a écrit au président Scheurer-Kestner à propos des pièces secrètes qui ont entraîné la condamnation de Dreyfus : « de pareils procédés d'instruction sont indignes d'une république ». Le 18 janvier 1898, il affirme dans Le Temps qu'il parle comme « tout homme qui est soldat ou possède des fils qui le seront et qui est amené avec terreur à penser que deux lignes de son écriture peuvent l'envoyer au bagne, au milieu des pires injures, parce que cette écriture ressemble à celle d'un coquin ». Le 19 février 1898, au procès Zola, il explique la présence de son nom parmi les protestataires parce qu'avec d'autres hommes « débarrassés de toute autre préoccupation que celle de la vérité », il continue à demander la lumière.
Vice-président de la Ligue des droits de l'homme dès sa fondation, il témoigne de son engagement par de nombreux articles dans Le Siècle avant de les reprendre dans Avant le procès et les deux volumes des Propos d'un solitaire. Le 10 septembre 1899, il écrit au condamné : « vous êtes le premier soldat qui ait fait passer un frisson commun de sympathie et de fraternité humaines dans le cœur de nations qui ne se connaissaient pas (...) il y a une sorte de communion des âmes dans le monde civilisé et elle se fait sur votre nom ».
Le rencontrant en 1900, Alfred Dreyfus constate chez ce savant, une grande simplicité et une finesse exquise ; après sa disparition le 2 mai 1904 et celle du professeur Molinier de l'École des Chartes mort le 19, le capitaine les classe parmi les meilleurs de ses partisans. Présente le 20 juillet 1906 dans la petite cour de l'École militaire, sa veuve Mary Duclaux consigne : « Le dernier acte de réparation est accompli. (...) Dreyfus est commandant et Picquart général (...) on a quelque peu oublié Duclaux. Et cela ne lui aurait pas déplu (...à lui qui disait) toute douleur est bonne si elle sert à nous agrandir l'âme ».
