Georges Picquart (1854 - 1914)

Georges Picquart

Dreyfusard

Officiers

Chef du service secret militaire français à compter du 22 juin 1895, devenu dreyfusard après avoir identifié Esterhazy comme auteur du bordereau, Georges Picquart était né en Alsace, à Strasbourg, le 6 septembre 1854.

Fils d'un percepteur qui décède dès 1865, il est élève boursier du lycée de Strasbourg puis de Saint-Cyr où il entre 184e sur 320 en novembre 1872, huit mois après que sa mère eut opté pour la nationalité française, tant pour elle que pour lui.

Sorti 5e sur 304 de sa promotion et 2e sur 25 de l'École d'application d'état-major, G. Picquart est capitaine en 1880. Il sert à l'État-Major du 2e bureau en 1883 où il est noté « très apte à ses fonctions qu'il remplit avec goût ». « Hardi et bon cavalier » qui « monte bien et vigoureusement », « grand (il mesure 1m 74) et d'un beau physique », il est apprécié pour son « intelligence vive » et son « caractère très droit ».

Professeur de topographie à l'École supérieure de guerre en 1890, il revient à l'État-Major général en octobre 1893 et y succède au colonel Sandherr comme chef de la section de statistique, « un des plus importants services et le plus délicat de tous » selon les mots du général de Boisdeffre. Découvrant la culpabilité d'Esterhazy en 1896, Picquart le dénonce provoquant l'hostilité de sa hiérarchie. Si le chef d'Etat-Major général confirme qu'il est « très zélé, très intelligent et très ardent pour son service », il déplore qu'il « se laisse parfois emporter par son ardeur » et ajoute : « J'estime qu'il peut y avoir des inconvénients graves à lui laisser la direction d'un service aussi important et qui exige (…) un jugement plus sain, plus calme et plus pondéré ».

Envoyé en Tunisie en janvier 1897, il est traduit devant un conseil d'enquête en 1898 ; à la majorité de quatre voix contre une, il est déclaré dans le cas « d'être mis en réforme pour faute grave dans le service ». Une décision présidentielle entérine cette mesure de discipline le 26 février 1898 ; rayé des contrôles le 28, G. Picquart voit sa pension liquidée au montant de 2208 francs par décret du 9 juin suivant. Emprisonné plusieurs mois, il est renvoyé devant le conseil de guerre de Paris que la Cour de cassation dessaisit le 3 mars 1899. Sa réintégration dans les cadres de l'armée n'intervient que par la loi du 13 juillet 1906 pour prendre rang du 10 juillet 1903.

Général de division en septembre 1906, il est ministre de la Guerre du 25 octobre suivant à juin 1909 ; le 15 juin 1907, il déclare à Dreyfus qu'il est impossible de reconstituer sa carrière, ce qui décide l'officier à prendre sa retraite, « victime jusqu'au bout ».

Commandant le 2e corps d'armée à Amiens à partir de février 1910, G. Picquart décède des suites d'une chute de cheval le 19 janvier 1914. À sa demande, il a des obsèques civiles, sans fleurs ni couronnes ni discours le 21 mais le Gouvernement lui organise des obsèques officielles à Paris, le 24, dans la cour de la gare du Nord.