Joseph Henry (1846 - 1898)

Joseph Henry

Antidreyfusard

Officiers

Adjoint du colonel Sandherr à la Section de statistique, Hubert Joseph Henry, laborieux artisan des faux les plus célèbres de l'affaire Dreyfus, était né à Pogny, dans la Marne, le 2 juin 1846.

Fils de cultivateur, il se substitue à son frère comme soldat en juillet 1865. Caporal en 1866, sergent-major en septembre 1868, il est fait prisonnier le 11 octobre 1870. Évadé le 19, il combat comme lieutenant mais est rétrogradé sous-lieutenant de février 1872 à juillet 1874. 78e sur 106 dans une école régionale de tir, il sert en Afrique et au Tonkin de 1881 à octobre 1890.

Chevalier de l'ordre impérial du dragon de l'Annam et titulaire de la médaille coloniale, fait chevalier de la Légion d'honneur dès 1884, il épouse la fille d'un aubergiste de Péronne, en avril 1892. La manière dont il accuse le capitaine Dreyfus devant le conseil de guerre de 1894 lui vaut ensuite les appréciations les plus élogieuses du chef d'État-major général. En 1895, il est noté comme un « excellent serviteur, d'un zèle et d'un dévouement absolus (qui) rend les meilleurs services à la section » ; en 1896, on signale qu'il « mérite absolument d'arriver au tableau (d'avancement) ». En 1897, il est encore jugé comme un « excellent officier : sûr - dévoué - énergique - (qui) mérite absolument les éloges qui lui sont donnés par ses chefs » ; il est promu lieutenant-colonel le 10 novembre 1897 et pense sans doute qu'il peut triompher après l'acquittement d'Esterhazy en janvier 1898 et la condamnation de Zola en février.

Mais celui que sa hiérarchie qualifiait comme un « excellent officier sur lequel on peut compter en toutes circonstances » a poussé son zèle trop loin, à la fabrication de faux télégrammes et du petit bleu qui devait compromettre le colonel Picquart et, dès 1896, à la confection d'une fausse lettre de l'attaché militaire italien à son collègue allemand. Lorsque le caractère de faux de cette lettre apparaît au capitaine Cuignet, le colonel Henry avoue et est mis aux arrêts dans le fort du Mont Valérien, le 30 août 1898 ; il est découvert, le 31, vers cinq heures du soir, la gorge tranchée, son rasoir replié. Le chef d'état-major général démissionne tandis que le ministère de la Guerre change quatre fois de titulaire en un mois.

Pour la veuve Henry, née Berthe Amélie Bertincourt en 1872, et pour son fils « un petit goy de France dont les juifs ont tué le père », La Libre Parole ouvre une souscription qui recueille, en moins d'un mois, 131 000 francs. Les 25 000 donateurs du « monument Henry » veulent lui permettre de poursuivre Joseph Reinach. Après la liquidation de sa pension, en novembre 1898, pour un montant de 1667 francs, elle obtient, pour atteinte à la mémoire de son mari, 500 francs de dommages et intérêts et la même somme pour son fils, dans deux jugements rendus le 12 juin 1902 et le 28 mai 1903.