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La démocratie parlementaire

La démocratie parlementaire

Une République radicale et laïque

Opportunistes, modérés et radicaux, les républicains se succèdent au pouvoir à partir de 1879. L'amnistie des communardsamnistie des communards
Après une répression sauvage qui fit près de 30 000 victimes en 1871, quatre conseils de guerre avaient prononcé jusqu'en 1874 près de 14 000 condamnations. Après une campagne soutenue par Victor Hugo, l'amnistie votée en 1880 permit le retour de celles et ceux qui avaient été déportés principalement en Nouvelle-Calédonie.
(juillet 1880), les lois sur l'enseignement (1880 à 1882), les lois sur le divorce et les syndicats (1884) constituent des avancées démocratiques que n'effacent pas le scandale des décorationsscandale des décorations
Le député Wilson fut compromis dans un trafic de décorations décernées contre rémunérations ; son beau-père Jules Grévy, président de la République, fut contraint à la démission en 1887 et brocardé par les chansonniers sur le thème « quel malheur d'avoir un gendre ».
(1887) ainsi que le scandale de Panamascandale de Panama
En 1892, des poursuites judiciaires visèrent les élus qui avaient financé des journaux ou alimenté leurs caisses électorales avec de l'argent de la compagnie créée pour le percement du canal de Panama, par Ferdinand de Lesseps initiateur du canal de Suez. Clemenceau et d'autres parlementaires furent compromis et perdirent leurs sièges aux élections de 1893.
(1892). De 1898 à 1907, la vie des Français est passionnément politique ; Madeleine Rebérioux a montré comment les radicaux, « en conquérant la direction de l'État et des communes, en y casant leurs hommes, en multipliant les comités (...) ont pu faire accepter à leur base rurale et petite-bourgeoise, l'expansion coloniale comme une intéressante nécessité, l'expansion tout court comme une vertu ». Socialement conservatrice, la France est cependant une démocratie qui fait référence dans le monde entier. Préparée par diverses mesures, la laïcité de l'État consacre, en 1905, l'originalité du modèle français.

Prospérité et faveurs

Le régime républicain est garant de la prospérité économique. Les préfets favorisent ses partisans comme le reconnaît Ernest-Charles Hendlé, à Rouen en 1882 : « Un gouvernement qui a le sentiment du devoir et de sa mission doit la justice et l'impartialité à tous, et les témoignages de sympathie et les faveurs dont il dispose, il les doit réserver à ceux-là seuls qui le défendent et soutiennent ses institutions ». Mort en fonction, en février 1900, Hendlé est décrit par Drumont comme un préfet de la République panamiste et juive mais Le Temps salue celui dont l'exemple guida toute une génération de fonctionnaires.

À l'image de ses confrères, Charles-Henri Lefebvre du Groriez, préfet de Savoie de 1883 à 1905, affirme pratiquer une seule politique, l'union entre tous les républicains sages, sincères et patriotes ». Si La Croix de Savoie dénonce ses opinions élastiques, ce journal ne peut que constater le ralliement d'une majorité des catholiques encouragés depuis le 20 février 1892, par l'encyclique papale, Au milieu des sollicitudes.

La suprématie du pouvoir législatif

Le Parlement contrôle étroitement le pouvoir exécutif et fait se succéder 45 gouvernements de 1870 à 1906. Le président de la République est maintenu dans un rôle représentatif. Jean Casimir-Perier, élu le 27 juin 1894, veut ne laisser « ni méconnaître ni prescrire » les droits que lui confèrent les lois constitutionnelles de 1875 ; critiqué, il démissionne de sa charge dès le 16 janvier 1895. Annoncée par Gambetta en 1872, la présence en politique d'une « couche sociale nouvelle », est confirmée ; mais, sous ce régime républicain de progrès et de raison qui va cesser d'être concordataire avec les religions catholique, juive et protestante, les mutations de la société restent lentes.

médias

Les drapeaux tricolores, symbole républicain

NADAR. Portrait de Casimir-Perier, président de la République