Auguste Mercier (1833 - 1921)

Auguste Mercier

Antidreyfusard

Officiers

Premier accusateur public du capitaine Dreyfus, dès le 28 novembre 1894 et coordonnateur des antidreyfusards au procès de Rennes, Auguste Mercier était né dans le Pas-de-Calais, à Arras, le 8 décembre 1833.

Fils d'officier, polytechnicien en 1852, lieutenant en 1856, le capitaine Mercier sert à l'état-major particulier de l'artillerie dès 1864. Lieutenant-colonel en 1876, il est remarqué pour son « caractère froid et ferme ». Colonel en 1879, il est général de brigade quand il devient directeur des services administratifs du ministère, le 27 décembre 1884. Il conserve cette fonction jusqu'en janvier 1886 et la retrouve d'avril 1888 à février 1890 ; c'est en homme des bureaux qu'il accède au poste de ministre de la Guerre le 3 décembre 1893.

La presse dénonçant le « Ramollot de la Guerre », il déclare, à propos de Dreyfus, « la culpabilité de cet officier est absolument certaine » et prononce ce que Le Gaulois désigne comme « une véritable condamnation, un arrêt de mort », ajoutant « quelle liberté restera-t-il au conseil de guerre qui va être appelé à juger ce prévenu ? ». Michel Drouin a pu écrire qu'il pipait les dés ; dès le 12 février 1898, au procès Zola, Jaurès l'avait dénoncé pour avoir osé, par la transmission des pièces secrètes, « assumer sur sa seule conscience (...) de décider de la vie, de la liberté, de l'honneur d'un autre homme ».

Bien qu'il ait cessé d'être ministre dès le 24 janvier 1895, il dirige de la même façon les témoins de l'accusation au procès de Rennes. Fait Grand officier de la Légion d'honneur dès février 1895, membre du Conseil supérieur de la guerre depuis mars 1898 et général de division, il incarne la puissance de « l'Arche sainte », cette armée française dont l'opinion espère qu'elle vengera le désastre de Sedan et reprendra les provinces perdues.

Élu sénateur de Loire-Inférieure le 28 janvier 1900, la loi d'amnistie le protège. Devant la Cour de cassation, en 1904, il dément l'existence du document « portant de la main d'un souverain étranger une annotation accusatrice contre Dreyfus ». Mais, évoquant le dossier secret transmis au premier Conseil de guerre, le procureur général Baudoin parle, en 1906, d'une « monstrueuse violation des droits imprescriptibles de la défense » ; exonérant les juges de Rennes de n'avoir pas apprécié l'illégalité flagrante dont ils furent les instruments, il souligne la responsabilité du général Mercier prouvée, dans cet acte condamnable, par « les précautions qu'il a prises pour que le fait restât à jamais inconnu et que l'impunité lui fût acquise ».

Resté l'idole des antidreyfusards, il reçoit d'eux, le 29 juin 1907, une médaille d'or et siège au Sénat jusqu'au 10 janvier 1920. Il meurt à Paris le 3 mars 1921 ; la levée des scellés permet de constater qu'il n'avait à son domicile « aucun papier de caractère militaire intéressant ».