Edgar Demange (1841 - 1925)

Edgar Demange

Dreyfusard

Magistrats et avocats

Avocat du capitaine Dreyfus lors de ses deux condamnations, ses plaidoiries sur le doute n'ayant pas empêché les verdicts des conseils de guerre de Paris et Rennes, Edgar Demange était né à Paris en 1841.

Fils d'officier, ce juriste catholique, membre du conseil de l'ordre de 1888 à 1892, a obtenu l'acquittement du marquis de Morès après que celui-ci eut tué en duel le capitaine Mayer qui cherchait à venger l'honneur des 300 officiers juifs insultés par les antisémites. Son nom est suggéré aux Dreyfus par Waldeck-Rousseau et il accepte son rôle, sous réserve de ne pas trouver dans le dossier une charge pouvant le faire douter de l'innocence de son client.

Il n' a accès aux pièces accusant le capitaine que le 4 décembre 1894 alors que l'instruction est close ; il constate que les témoins à charge n'ont apporté aucun fait et confie à Lucie et Mathieu Dreyfus : « jamais je n'ai vu de dossier pareil ». Jean-Denis Bredin l'a décrit : « porté par beaucoup de préjugés du côté des accusateurs de Dreyfus (il n'a vu) que les violations du droit, la fragilité de l'accusation, le risque d'une effroyable erreur judiciaire (... il va rester) l'avocat tout dévoué de l'officier juif (...) à travers toutes les épreuves, sacrifiant sa carrière, jusqu'à l'accomplissement total de sa tâche ».

Devant le conseil de guerre de Paris, du 19 au 22 décembre 1894, Edgar Demange obtient que ses premières conclusions soient lues avant le huis clos et que le public sache que l'authenticité du bordereau est contestée. Si sa plaidoirie est jugée éloquente par son client, elle n'empêche pas la lourde condamnation ; celle-ci lui apparaît comme « la plus grande infamie du siècle ».

Le 12 février 1898, il témoigne au procès Zola et dit que la loi a été violée en 1894 mais que, sans volonté politique, on ne peut faire la lumière sur l'affaire Dreyfus. Il montre qu'il s'agit de « la lutte entre sémites et antisémites » alors que lui ne se préoccupe que des intérêts de M. Dreyfus ; il dénonce l'illégalité commise par la présentation de « la pièce secrète » et doit s'en expliquer devant le conseil de l'ordre des avocats. Si le barreau de Paris se signale alors « par son agissante hostilité contre la révision », E. Demange bénéficie tout de même d' un non-lieu, d'autant plus qu'il parle des juges de 1894 comme s'étant trompés mais étant « la loyauté même ».

Le respect de l'avocat pour l'Armée demeure patent pendant le procès de Rennes et c'est seulement au bénéfice du doute qu'il réclame l'acquittement de son client qu'il affirme « être un martyr ». J. Reinach écrira qu'il ne réussit pas à remonter « la pente de l'iniquité » ; alors qu'il demande une même communion dans l'amour de la justice, de la patrie et de l'armée, c'est le commissaire du gouvernement qui gagne en invitant les juges à condamner au nom de leur intime conviction.

Plaidant pour les Dreyfus dans des affaires de diffamation jusqu'en 1911, fêté pour ses 50 ans de barreau par le bâtonnier Labori, en novembre 1912, Me Demange a l'honneur d'être réélu par ses pairs au conseil de l'ordre ; ayant passé plus de 60 ans à la barre, il décède en 1925.