Fernand Labori (1860 - 1917)

Fernand Labori

Dreyfusard

Magistrats et avocats

Avocat de Lucie Dreyfus puis de Zola, du colonel Picquart et du sénateur Trarieux en 1898, Fernand Labori, défenseur du capitaine pendant le procès de Rennes, aux côtés de Me Demange, était né à Reims, le 18 avril 1860.

Son père, employé puis inspecteur de la compagnie des chemins de fer de l'Est, suggère à son fils une carrière de négociant en champagnes mais le soutient pour ses études de droit à Paris sans imaginer qu'il sera contraint à la démission après l'engagement dreyfusard de son fils.

Premier prix de code civil et de droit romain, Fernand Labori s'inscrit au barreau en 1884. Rédacteur en chef de La Gazette du Palais de 1886 à 1893, second secrétaire de la conférence en 1887-88, il dirige l'édition des 12 volumes d'un Répertoire encyclopédique du droit français jusqu'en 1896, année où il fonde le mensuel La Revue du Palais dans lequel on lira des textes de Léon Blum, Anatole France, Ernest Lavisse, Charles Péguy.

Avocat des antiboulangistes, commis d'office pour l'anarchiste Vaillant, il est choisi par Mathieu et Lucie Dreyfus afin de les représenter, comme parties civiles, au procès du commandant Esterhazy. Il défend Zola devant les cours d'assises de Paris et Versailles et J. Reinach le peint en « procédurier ingénieux (...) la parole vibrante ». Il obtient qu'on cite Dreyfus ; devant la Cour, le 18 février 1898, pour y déclarer : « si la nation n'a pas confiance dans les chefs de son armée, dans ceux qui ont la responsabilité de la défense nationale, ils sont prêts à laisser à d'autres cette lourde tâche ».

Caricaturé dans la presse étrangère en taureau faisant valser les corps des officiers généraux, Labori est victime d'un attentat à Rennes, le 14 août 1899 ; Marcel Proust salue « le bon géant invincible (...) qui n'a même plus à envier à la gloire militaire le privilège magnifique des soldats : donner son sang ». Éloigné du procès jusqu'au 22, il renonce à plaider, écoutant Jaurès lui dire que cela rendra certain l'acquittement ! Cette double blessure, sa critique de la grâce débouchent sur une rupture avec les Dreyfus en décembre 1900 et développe son antisémitisme. Mais si Mathieu consigne, dans ses souvenirs, qu'il en avait « assez de ses récriminations sans fin, de son amertume toujours renouvelée », Alfred tient à lui écrire : « je conserverai un souvenir éternellement reconnaissant de votre admirable dévouement pendant ses années néfastes ».

Avocat de Thérèse Humbert poursuivie pour escroqueries en 1903, député de Seine-et-Marne de 1906 à 1910, il est rapporteur d'une proposition de loi supprimant les conseils de guerre mais revient à son métier. Membre du conseil de l'ordre depuis 1905, il est élu bâtonnier du barreau de Paris en 1911 avec plus de 77% des suffrages. Fernand Labori décède à 56 ans, le 14 mars 1917.