Lucien Herr (1864 - 1926)

Lucien Herr

Dreyfusard

Journalistes et intellectuels

Organisateur de la mobilisation des intellectuels dreyfusards, Lucien Herr était né à Altkirch dans le Haut-Rhin, le 17 janvier 1864.

Fils d'un professeur de collège qui choisit d'opter pour la France, il fait ses études à Vitry-le-François ; bachelier à 15 ans, agrégé de philosophie à 22 ans, ce normalien de la promotion 1883 obtient de diriger, à partir de 1888, la bibliothèque de l'École normale supérieure. Sensibilisé au drame vécu par les Dreyfus, notamment par Lucien Lévy-Bruhl, cousin par alliance de la famille, il va transformer l'École en citadelle dreyfusarde.

Le 2 décembre 1897, il n'a pas de doute sur l'innocence du capitaine mais prévoit une rude bataille pour venir à bout « de la résistance désespérée des militaires qui se voient déshonorés et perdus » ; il trouve épouvantable « de savoir non où est le vrai, mais si le vrai l'emportera sur les égoïsmes coalisés ». Il dresse alors les premières listes des intellectuels susceptibles de signer une protestation « contre la violation des formes juridiques au procès de 1894 » et de demander au Parlement « de maintenir les garanties légales des citoyens contre tout arbitraire ».

S'il retient 55 noms importants ou sûrs, il déclenche un mouvement de près de 2000 intellectuels qui font pour la première fois irruption, en tant que tels, dans le champ politique, à travers les listes que publient, en janvier 1898, L'Aurore et Le Siècle. Le 15 février, dans La Revue blanche, L. Herr défie Maurice Barrès qui les dénonce comme des animaux enragés ou décérébrés.

Socialiste révolutionnaire, Lucien Herr voit dans son combat, « une œuvre de justice, d'humanité et d'honneur »; le jugement de Rennes ne le démobilise pas mais, après la grâce, il subira une phase dépressive avant de participer à la fondation de l'Humanité et de diriger le musée pédagogique à partir de 1916. Le 24 juin 1919, il écrit à sa femme : « je ne suis plus capable d'intérêt passionné que pour ce qui aboutit à de la pratique, à de l'élargissement intellectuel et social ». À peine un an après sa mort survenue le 18 mai 1926, Paris lui dédie, en plein quartier latin et en témoignage de son rayonnement, la place Lucien-Herr. C'est 74 ans plus tard, en l'an 2000, que la capitale aura sa place Alfred-Dreyfus, dans l'avenue Émile Zola.