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Bernard Lazare, premier dreyfusard

Bernard Lazare, premier dreyfusard

L'anarchiste alarmé par l'antisémitisme moral

Lazare Bernard, né à Nîmes le 14 juin 1865, poète symboliste et critique, combattant de l'anarchie, ne se sent pas proche d'un officier fortuné pouvant se débrouiller sans lui. Mais son article « Le nouveau ghetto », publié par Clemenceau dans La Justice, le 17 novembre 1894, illustre sa claire vision des dangers, non d'un parti antisémite, mais d'un état d'esprit antisémite répandu par des esprits simplistes établissant « des rapports de causalité entre des phénomènes qui ne sont que connexes ». Il combat les primaires de la pensée dans les 69 articles qu'il publie dans L'Écho de Paris, entre novembre 1894 et août 1896, quand Mathieu Dreyfus pense qu'il ne faut pas lancer trop vite une campagne révisionniste et que Lazare doit d'abord enquêter.

Selon son biographe Philippe Oriol, début 1895, quand il accepte de travailler pour la famille, Bernard Lazare veut surtout fustiger les tribunaux d'exception, l'État broyeur de citoyens, « l'infaillibilité du sabre, ses privilèges et ceux du goupillon ». C'est en novembre 1896, à la suite des opérations médiatiques anglaises, que la brochure L'erreur judiciaire : la vérité sur l'affaire Dreyfus est adressée, de Bruxelles, sous enveloppe fermée, à 3500 personnalités. En 64 pages, Lazare proteste « au nom de cette justice qu'on a méconnue » et demande la révision du procès devant la France. Sa seconde plaquette Une erreur judiciaire, L'affaire Dreyfus démonte la machination, ce qu'après un siècle, on appellera une conspiration militaro-policière. Au soir de sa réhabilitation, Alfred Dreyfus loue d'ailleurs, dans ses carnets, Bernard Lazare, « jeune auteur de talent et de bel avenir, à demi artiste et poète, à demi sociologue, qui écrivit le premier un mémoire en ma faveur où il exposa en un style très simple tous les faits alors connus ».

Le polémiste sioniste

Dans la lutte à soutenir contre l'antisémitisme, Lazare explique à Joseph Reinach qu'ils peuvent oublier leurs divergences économiques et philosophiques. En 1897, sa conviction est absolue quant à la condamnation de Dreyfus : « c'est parce qu'il était juif qu'on l'a jugé, c'est parce qu'il était juif qu'on l'a condamné, c'est parce qu'il était juif que l'on ne peut faire entendre en sa faveur la voix de la justice et de la vérité ». La flambée d'antisémitisme qui déferle début 1898 renforce son sionisme et il souhaite détacher les juifs français de leur idéologie assimilatrice. Cependant, en Europe, nombreuses sont les familles juives qui, comme celle du futur philosophe Lévinas, rêvent de s'installer dans cette France républicaine où l'opinion s'est soulevée pour faire reconnaître l'innocence d'un juif. Quand on honorera Picquart et Zola, Bernard Lazare rappellera qu'il a crié dans l'indifférence, que le premier qui se leva pour le Juif martyr fut un Juif qui savait à quel peuple de parias il appartenait. Il meurt dans l'indifférence en septembre 1903 mais un monument lui sera consacré à Nîmes témoignant de son honneur « d'avoir donné le premier coup de hache et d'avoir si bien tendu la pioche que tous les dreyfusards ont été obligés de passer par (sa) brèche ».

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Bernard Lazare

Brochure belge de B. Lazare

Brochure parisienne de Bernard Lazare