Joseph Reinach (1856 - 1921)

Joseph Reinach bis

Dreyfusard

Hommes politiques

Premier député dreyfusard, acteur et historien de l'Affaire, Joseph Reinach était né à Paris, le 30 septembre 1856.

Fils d'un banquier allemand, chef de cabinet du président du Conseil Léon Gambetta en 1881-1882, il lui succède à la direction de La République française. Député des Basses-Alpes depuis 1889, il est averti très tôt de la mise au secret de Dreyfus, par son frère Salomon, archéologue alerté par un autre ancien élève de l'École normale supérieure, Lucien Lévy-Bruhl, cousin par alliance du capitaine.

S'il ne réussit pas à obtenir un procès sans huis clos pour A. Dreyfus, il affirme, après sa condamnation qu'arrivera un jour « la lutte de la vérité contre l'axiome de la chose jugée ». Il s'y emploie au premier rang des dreyfusards, avec ses deux frères, Salomon, membre de l'Académie des inscriptions et belles lettres et Théodore, également membre de l'Institut et futur professeur au Collège de France.

Multipliant les articles, rédigeant des brochures où il montre le poids de l'antisémitisme dans l'affaire, Joseph Reinach subit la méfiance de la gauche qui conseille aux prolétaires de ne rallier « aucun des clans de cette guerre civile bourgeoise ! (...) Entre Reinach et de Mun, gardez votre liberté entière (...) tout est hypocrisie, tout est mensonge ». En dépit des injures dont l'abreuve Drumont qui dénonce en lui le faux Français, le type du juif allemand, du juif d'invasion, il se bat sans cesse tout en engrangeant les éléments qui vont nourrir les sept tomes de son Histoire de l'Affaire Dreyfus.

En septembre 1897, après avoir vu Lucie Dreyfus, il tente de faire savoir au déporté que le vice-président du Sénat défend sa cause et se heurte au refus du ministre des Colonies Lebon ; le classant parmi les « jeunes républicains du jour », il écrit : « Ils n'ont plus la foi et ils ont l'ambition ». En mars 1898, il fait campagne publiquement pour que Lucie Dreyfus puisse rejoindre son mari et est exclu des cadres de réserve de l'armée pour avoir dénoncé, dans Le Siècle, le faux Henry.

À l'automne, malgré la perte de son siège de député, il contribue aux pressions qui permettent qu'on avertisse le détenu qu'une procédure de révision est entamée. Dès sa libération, Alfred Dreyfus le rencontre et le qualifie, dans ses Carnets, comme « un des hommes les plus intelligents et les plus courageux de ces temps-ci ».

Joseph Reinach redevient député des Basses-Alpes de 1906 à 1914, tandis que son frère Théodore est député de Savoie. Chroniqueur au Figaro pendant la Grande Guerre au cours de laquelle il perd son fils Adolphe, gendre de Mathieu Dreyfus, il meurt à Paris, le 18 avril 1921.