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Le soutien de Zadoc Kahn et des frères Reinach

Le soutien de Zadoc Kahn et des frères Reinach

L'engagement du grand rabbin de France

Célébrant la mort d'officiers français de religion juive, Zadoc Kahn avait déclaré en 1892 que le corps expéditionnaire d'Afrique était « la noble et vivante image de cette grande armée, honneur et orgueil de la France ». Officiant du mariage d'Alfred et Lucie Dreyfus en 1890, le grand rabbin de France soutient la famille et est témoin de moralité devant le conseil de guerre. Il a dénoncé la presse qui évoquait, dès novembre, une cérémonie d'excommunication du ' traître' mais n'obtient pas de visiter le capitaine après sa condamnation. Malgré son statut de salarié de l'État et la réserve du consistoire, il affirme en 1896 : « Le judaïsme n'a pas à rougir ni de son passé ni de son présent et il est bon que cela soit dit avec franchise et courage ». Il anime un petit comité contre l'antisémitisme qui s'emploie à faire battre des candidats antisémites.

La mobilisation des frères Reinach

Salomon Reinach, archéologue et membre de l'Institut, défend l'idée d'une intégration totale des juifs dans la nation française. Ancien élève de l'École normale supérieure, il fait partie des premiers alertés par un autre normalien, le philosophe Lucien Lévy-Bruhl, cousin par alliance du capitaine. Il informe son frère Joseph, proche de Gambetta dont il fut le chef de cabinet.

Joseph Reinach dirige La République française depuis 1882 ; député des Basses-Alpes à partir de 1889, il a défendu l'idée d'une armée coloniale mais devient l'un des plus farouches dreyfusards. Dès le début de janvier 1895, il ne craint pas de dire au président du Conseil que s'engagera un jour « la lutte de la vérité contre l'axiome de la chose jugée ». La hargne d'Édouard Drumont s'est exacerbée spécialement contre Joseph, « le petit juif de Hambourg (...portant) toutes les tares de sa race », le faux Français, le type du juif allemand, du juif d'invasion. Du côté des députés socialistes, un manifeste indique aux prolétaires : « ne vous enrôlez dans aucun des clans de cette guerre civile bourgeoise ! (...) Entre Reinach et de Mun, gardez votre liberté entière (...) tout est hypocrisie, tout est mensonge ». Joseph Reinach est battu aux législatives en 1898 et ne retrouve son siège qu'en 1906 après avoir publié les premiers des sept tomes de son Histoire de l'Affaire Dreyfus.

Théodore Reinach, helléniste et numismate, fondateur de l'Union libérale israélite aurait voulu n'opposer aux antisémites que « le silence du dédain ». Mais il soutint ses frères et fut candidat victorieux du bloc républicain en 1906 ; député de Savoie jusqu'en 1914, ce membre de l'Institut eut deux de ses enfants déportés pendant la Seconde Guerre mondiale - l'un d'eux disparaissant à Auschwitz avec sa femme et ses enfants.