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Lucie, épouse indéfectible

Lucie, épouse indéfectible

Une mère dans la tourmente

Fille d'un riche négociant en diamants et de sa femme Louise, Lucie Hadamard grandit à Chatou ; à 21 ans, elle épouse Alfred Dreyfus le 21 avril 1890 et lui donne deux enfants, Pierre né le 5 avril 1891 et Jeanne née le 22 février 1893. Après l'arrestation de son mari, le 15 octobre 1894, elle subit les perquisitions de son domicile et ne communique la nouvelle qu'à sa mère. Autorisée par l'Armée, elle prévient Mathieu Dreyfus le 1er novembre mais, si elle laisse à son beau-frère la stratégie de défense de son mari, elle devient pour le capitaine une « compagne dévouée et héroïque ».

Elle voit son mari dans ses prisons parisiennes à partir du 2 janvier 1895 puis à l'île de Ré les 14, 15 et 21 février et, dès son retour, à la prison militaire de Rennes. Pendant la déportation, ses lettres longues et fréquentes sont le plus puissant soutien moral d'Alfred ; elles ont rasséréné son cœur comme la certitude que ses enfants étaient tenus dans l'ignorance du drame.

Même censurées et parfois seulement données en copies, les correspondances croisées des époux sont « un principe de survie à l'enfermement et à l'injustice, le lien ultime avec la civilisation et les êtres aimés » (V. Duclert). Lucie veille aussi à approvisionner son prisonnier en denrées alimentaires comme en livres et revues. Elle écoute les plaintes de l'innocent et entame les démarches qu'il souhaite.

Il veut qu'elle agisse pour qu'on lui « livre la clé de cet horrible mystère : rien ne sera changé dans notre tragique situation tant que le jugement ne sera pas révisé. Réfléchis donc et agis pour déchiffrer cette énigme ». Lucie attend à Rennes quand son Fred chéri y arrive, le 1er juillet 1899 ; elle le revoit quotidiennement dès le 2 et assiste à tout le procès avant de regagner Paris après la seconde condamnation « si pâle, si vaillante et si doucement triste ».

Une citoyenne admirable

En 1895, Lucie Dreyfus, réfugiée chez ses parents à Paris, renonce à rejoindre la Guyane et s'installe au Vésinet. Tutrice de son mari condamné, elle est amenée à le représenter juridiquement. Elle est mêlée à toutes les étapes débouchant sur la première cassation ; elle signe, le 18 septembre 1896, la pétition aux députés qui dénonce « la négation de toute justice » que représente la condamnation « sur une charge que l'accusation a produite à son insu et que par suite ni son conseil ni lui n'ont pu discuter ». Si elle symbolise la femme engagée, elle reste cantonnée à un rôle latéral compte tenu du patriarcat bourgeois ; on admire son courage et sa dignité, on l'évoque avec une pitié pareille à de l'admiration.

Ce n'est qu'à partir de la guerre de 14-18 que Lucie développe son action caritative personnelle au point de passer, en 1933, un diplôme d'État d'infirmière. C'est donc sans réticence que, de 1894 à 1899, elle laisse à son beau-frère Mathieu la conduite des campagnes pour innocenter son mari.