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Mathieu, frère admirable

Mathieu, frère admirable

Le stratège de toutes les luttes

Arrivé à Paris, début novembre 1894, Mathieu Dreyfus entame une lutte de près de 5 ans après avoir montré à son frère qu'il ne saurait se suicider sans qu'on y voie un aveu de culpabilité. C'est Mathieu qui convainc maître Demange d'accepter d'être le premier avocat d'Alfred. C'est aussi lui qui, dans un temps où hypnotisme et spiritisme sont en vogue, n'hésite pas à faire appel à une voyante que lui a signalée un médecin havrais ; dès février 1895, Léonie évoque les pièces secrètes montrées aux juges. Mais, après un an où ses efforts lui laissent une sensation d'impuissance dans des ténèbres épaisses, il décide de se faire aider par des détectives et des journalistes anglais.

De là découle, début septembre 1896, la fausse nouvelle d'une évasion du capitaine rapportée, d'après le South West Argus de Newport, par le Daily Chronicle de Londres ; ceci vaut deux mois de mise aux fers à Alfred Dreyfus mais relance l'intérêt public. Il s'ensuit la révélation dans L'Éclair, les 14 et 15 septembre, par un journaliste antidreyfusard, de l'existence d'une pièce secrète. Ceci déclenche la pétition de Lucie Dreyfus rejetée par la Chambre.

Les conseillers en communication de Mathieu suggèrent aussi une supplique de sa belle-sœur au Pape mais le Vatican ne sort pas de sa neutralité et Léon XIII, en décorant l'aumônier de Saint-Cyr, manifeste son respect à l'Armée. Vient alors le temps d'utiliser les travaux de Bernard Lazare et de publier des éléments sur l'erreur judiciaire consacrée par le conseil de guerre et entérinée par le conseil de révision.

L'accusateur d'Esterhazy

Ayant appris le nom du scripteur du bordereau, en novembre 1897 et se l'étant fait confirmer par le vice-président du Sénat Scheurer-Kestner, Mathieu Dreyfus décide d'être le premier accusateur public du commandant Esterhazy, dans une lettre ouverte au ministre diffusée le 16 novembre 1897. Dès le 20, une information judiciaire préliminaire est ouverte ; si elle finit, le 11 janvier 1898, par l'acquittement d'Esterhazy, elle cristallise l'affaire Dreyfus avec les pétitions des intellectuels et le cri de l'âme d'Émile Zola. La volonté de Mathieu d'établir la vérité, sa lutte pour la Justice et le Droit ont trouvé leurs amplificateurs. Après la grâce de septembre 1899 dont il est le chaud partisan en dépit des réserves de Georges Clemenceau, il poursuit le combat aux côtés de son frère et de leurs proches. Selon Michaël Burns, en frais de justice et de propagande, la famille dépense, pendant l'Affaire, plus d'un million de francs.