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L'officier d'État-major dégradé

L'officier d'État-major dégradé

Un stagiaire qui perturbe la cooptation traditionnelle

Appelé comme stagiaire à l'état-major de l'armée le 1er janvier 1893, Alfred Dreyfus croit que s'ouvre pour lui une carrière brillante et facile dans une France démocratique. Mais, en quelques trimestres, il sent les réticences de certains chefs de bureaux, anciens de l'école d'application d'état-major et fervents d'une cooptation favorisant les saint-cyriens. Il passe un semestre dans chacun des quatre bureaux formant les services stratégiques du haut commandement militaire en temps de paix. V. Duclert a relevé ses affectations successives : 1er bureau pour l'établissement de l'ordre de bataille des armées, 4e bureau pour le service des chemins de fer permettant la concentration des troupes, le 2e bureau pour étudier l'artillerie allemande et enfin 3e bureau pour faire autographier des tableaux d'approvisionnement des troupes de couverture. Si le général Renouard note que le capitaine Dreyfus, officier très intelligent, a « tout ce qu'il faut pour réussir », son zèle pour apprendre, étudier, observer lui sera compté à charge quand il s'agira d'en faire un coupable et un traître.

Un innocent supplicié

Arrêté le 15 octobre 1894, le capitaine Dreyfus est accusé d'être l'auteur d'un bordereau ramassé à l'ambassade d'Allemagne, dans une corbeille à papiers du bureau de l'attaché militaire. Il est condamné pour trahison, le 22 décembre 1894, à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée et d'aucuns regrettent que le coquin ne soit pas fusillé. Sa peine ayant été confirmée, le 31 décembre 1894, par le conseil de révision, Alfred Dreyfus subit sa dégradation militaire le 5 janvier 1895. Cette lugubre cérémonie, il l'a subie comme un supplice, une agonie, essayant vainement de faire passer sur la foule, le frisson de son innocence.

Dans son Journal, Edmond de Goncourt consigne que « les jugements des journalistes sont les jugements des gamins montés sur les arbres et (qu'il) est vraiment bien difficile d'établir la culpabilité ou l'innocence de l'accusé sur l'examen de son attitude ».

Le 9 janvier, dans le Gil Blas, l'avocat Ajalbert énonce, sous le titre Crime et châtiment, que rien ne ressemble plus à un coupable qu'un innocent harassé. Débarqué en Guyane le 12 mars 1895, le déporté Dreyfus arrive sur l'île du Diable le 13 avril suivant. Le choix de ce lieu aggrave sa peine. Un de ses juges à la Cour de cassation, Alphonse Bard, écrira que cela la transformait « en instrument de supplice ». Il va y rester plus de quatre ans avant de revenir en France et d'y être à nouveau condamné. Gracié le 19 septembre 1899, il lui faudra six ans et demi de plus pour obtenir une complète réhabilitation et devenir le commandant Dreyfus.