Léon Blum (1872 - 1950)

Léon Blum

Dreyfusard

Journalistes et intellectuels

Juriste dreyfusard rendant compte anonymement des procès Zola, membre du Conseil d'État, Léon Blum était né à Paris, le 9 avril 1872.

Fils d'un négociant en tissus, normalien à 18 ans, il se fait renvoyer de l'École normale supérieure en 1891 et entreprend des études de droit que couronne son entrée au Conseil d'État, fin 1895. Son goût pour la vie culturelle le pousse à devenir un critique littéraire soucieux de la jeune création ; dans divers périodiques mais d'abord dans La Revue blanche dont il tient le feuilleton littéraire, il va contribuer à faire connaître Gide et Proust, Jane Austen et Rudyard Kipling.

Lucien Herr l'entraîne dans le combat dreyfusard mais l'acquittement d'Esterhazy le laisse atterré et désespéré avant que le J'accuse de Zola ne lui fasse l'effet d'un cordial puissant, faisant remonter en lui la confiance et le courage : « on pouvait encore se battre, on pouvait encore vaincre ». En février 1898, il assiste Me Labori pour le procès Zola ; il est « chargé d'étudier certains points litigieux de droit criminel, de préparer d'avance la riposte à quelques-unes des difficultés (opposées par la cour ou le ministère public) ». Outre maintes conclusions déposées au fil des jours, il relate le procès sous la modeste signature « un juriste » ; il conclut que, des quinze audiences, il est sorti « plus de lumière, plus de vérité que nul n'aurait osé l'espérer ». Il se réjouit qu'il soit prouvé que des pièces ont été vues par les juges sans communication à l'accusé et à son défenseur, « fait qui suffit pour vicier radicalement la procédure ». Il admet que n'a pas surgi « cette fameuse preuve irrésistible et portative » mais que la preuve de tout ce qu'a écrit Zola est faite : « Son article est déjà, dans sa substance, de la vérité historique ».

Dans l'été de la mort d'Alfred Dreyfus, un an avant la victoire du Front populaire et 15 ans avant son propre décès qui surviendra le 30 mars 1950, Léon Blum rédige pour Marianne, ses Souvenirs sur l'Affaire ; il y montre que, pour les intellectuels dont il était alors pleinement, la vie s'est trouvée comme suspendue, les sentiments intimes et les rapports interhumains bouleversés. Il conclut malgré tout qu'en fin de compte : « la surface seule avait été brassée par la tourmente ; les lourdes profondeurs restaient immobiles ».