Victor Basch (1863 - 1944)

Victor Basch

Dreyfusard

Journalistes et intellectuels

Dreyfusard et co-fondateur de la section rennaise de la Ligue des droits de l'homme, le 22 janvier 1899, le professeur Victor Basch était né à Budapest, en Hongrie, le 18 août 1863.

Fils d'un journaliste installé en France, il est naturalisé en 1887 alors qu'après sa licence de philosophie et son agrégation d'allemand, il est maître de conférences de langue et littérature allemande à Nancy depuis 1885.

Chargé de cours à Rennes à partir de 1887, il est chahuté par les étudiants et attaqué à son domicile du Gros Chêne comme juif et partisan de la révision. C. Cosnier et A. Hélard rappellent que le parti dreyfusiste, en 1899, ce sont quelques responsables ouvriers, des instituteurs, des francs-maçons et des protestants soutenus par 250 étudiants républicains qui affrontent 400 étudiants réactionnaires. La petite section rennaise de la Ligue des droits de l'homme, la première fondée en province, ne compte, à sa fondation, que 21 membres dont 4 ouvriers et un tiers d'universitaires ; selon Séverine, ils vivent « dans une ambiance d'animosité perpétuelle ».

Pour Le Siècle du 8 juillet 1899, Victor Basch exalte le capitaine « image du soldat fièrement resté debout sous le mépris des hommes ». Il organise l'accueil des dreyfusards, en logeant plusieurs et en organisant leurs repas près de chez lui, à l'auberge des Trois Marches. Après l'attentat contre Me Labori, il est l'interlocuteur du préfet pour le renforcement de la sécurité des défenseurs de Dreyfus, convaincu que le sang peut encore couler.

En 1906, alors que le capitaine est réhabilité, il est nommé à la Sorbonne où, en 1918, on crée pour lui une chaire d'esthétique et d'histoire de l'art. Membre du comité central de la Ligue des droits de l'homme dès 1907, il en devient le vice-président en 1909 et le président en 1926. Professeur honoraire à la Sorbonne en 1933, il aide les anti-nazis et Lucien Rebatet le décrira haineusement, fournissant, avec Émile Kahn, « tous les sacrements et passe-partout républicains ».

Après que son fils Georges, capitaine de l'armée française, se soit suicidé pour ne pas rendre son arme en 1940, il reste l'incarnation de la défense des droits de l'homme. Le 10 janvier 1944, sa femme Ilona et lui, âgés de 79 et 80 ans, sont arrêtés chez eux par des nazis allemands et français. Avant que son adjoint Gonnet n'abatte Hélène Basch, le chef des miliciens présents, Joseph Lécussan assassine Victor Basch de deux balles de pistolet ; en 1946, ce criminel redira, avant son jugement et son exécution, sa haine pour «  le symbole de la mafia judéo-maçonnique, l'échappé des ghettos, le créateur du Front populaire » .