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L'hostilité constante des Maurrassiens

L'hostilité constante des Maurrassiens

La critique de « la Gueuse »

« Une atmosphère d'alarmes à la frontière, de gifles, de duels, de cabinets renversés, d'enquêtes vengeresses et de compromis amicaux », cette vision de la IIIe République, romancée par le diplomate collaborationniste Paul Morand dans Tais-toi, correspond à l'opinion d'une grande partie des droites en France. Leurs militants les plus ardents sont très influencés par le nationalisme intégral de l'Action française. Né en 1899, ce mouvement monarchiste est suscité par l'affaire Dreyfus dans laquelle Charles Maurras voit l'illustration des menaces vitales que font peser sur la Nation, les juifs, les francs-maçons, les protestants et les métèques.

Dès le 2 décembre 1897, il a écrit à Barrès :«  le parti de Dreyfus mériterait qu'on le fusillât tout entier » ; félicitant l'écrivain de son vote du 13 juillet 1906, il a affirmé :« cette affaire était et est vitale pour nous. À bas les Juifs ! À bas les Juifs ! (...) Nous allons la réviser n'est-ce pas ? ». Révision de la révision, l'acquittement de Gregori après l'attentat contre Dreyfus fut bien considéré, à l'automne 1908, comme une autorisation permanente d'injurier le commandant Dreyfus.

Le 29 janvier 1912, l'article L'Action française aura raison ne craint pas d'annoncer que, pour le traître juif Alfred Dreyfus : « quelque jour, après lecture d'un arrêt de justice, -arrêt définitif sans merci celui-là !- douze balles lui apprendront enfin l'art de ne plus trahir et de ne plus troubler ce pays qui l'hospitalise ». Si Dreyfus est mort à son domicile, on peut considérer que c'est ce type de propos haineux qui, en janvier 1944, conduisit des miliciens à abattre les octogénaires Ilona et Victor Basch, faisant payer à ce dernier son engagement dreyfusard et son activité de président de la Ligue des droits de l'homme ; l'écriteau « le Juif paie toujours » laissé sur son cadavre signait aussi un antisémitisme qui n'avait pas désarmé à son égard depuis l'hiver 1897-1898.

La « revanche » de Dreyfus !

En caractérisant par ces mots, sa condamnation à la dégradation nationale et à la réclusion perpétuelle pour crimes de collaboration avec l'ennemi, Maurras, de l'Académie française depuis 1938 (et radié en 1945), témoignait de la vivacité de son engagement contre l'innocence de Dreyfus. Dans ses premières années, son mouvement fut le réceptacle de tous ceux qui récusaient l'arrêt de la Cour de cassation. Jusqu'au 2 août 1914, ils diffusèrent, dans chaque numéro de leur journal, un faux document sur l'arrêt de 1906 au point que la Ligue des Droits de l'Homme organisa une contre-propagande à propos de ce talisman. Depuis 1909, les partisans de l'Action française ont considéré comme seule histoire vraie, le Précis de l'affaire Dreyfus dont la première version avait été qualifiée par Dreyfus d'œuvre d'admirable jésuitisme. Sous l'unique pseudonyme d'Henri Dutrait-Crozon, les officiers Delebecque et Larpent y ont écrit la version qu'ils désiraient, ce que Philippe Oriol a désigné comme « un monument tout à fait extraordinaire de révision de l'histoire ».

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