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La réintégration de Dreyfus dans l'armée

La réintégration de Dreyfus dans l'armée

Le chef d'escadron

« La lumière a été faite, limpide, éclatante, absolue », en prononçant ces mots à la Chambre, le député radical Adolphe Messimy entend montrer que la représentation nationale doit entériner les réparations dues au lieutenant-colonel Picquart et au capitaine Dreyfus. En dépit de 32 voix contre dont celle de Maurice Barrès qui conteste la nouvelle vérité judiciaire, 432 députés votent le projet de loi permettant la promotion au rang de chef d'escadron du capitaine d'artillerie breveté Dreyfus (Alfred). Malgré les protestations du général Mercier devenu sénateur de Loire-Inférieure, le Sénat entérine le texte par 182 voix contre 30 ; son président y voit la réparation d'une grande erreur judiciaire qui honore une fois de plus cette assemblée d'où sont partis les premiers appels vers la vérité et la justice. Toutefois, les amis du capitaine Dreyfus partagent l'avis que Joseph Reinach exprimera au tome VI de son Histoire de l'affaire Dreyfus ; il y déplore qu'au rang où l'on replace Dreyfus, « il sera le subordonné d'environ cent officiers d'artillerie, moins anciens de grade que lui (...) toute chance lui est enlevée d'atteindre les hauts grades qui ont été l'ambition de sa vie, avant qu'elle ne fût brisée ».

Le chevalier de la Légion d'honneur

Le 20 juillet, la nomination du capitaine Dreyfus au grade de chevalier de la Légion d'honneur est publiée au Journal officiel après que la proposition du ministre de la Guerre ait reçu l'accord du conseil de l'Ordre pendant lequel le général Mensier affirme qu'au-delà de sa conformité au règlement, la décision est « une juste réparation vis-à-vis d'un soldat qui a enduré un martyre sans pareil ». Dans l'après-midi du lendemain, dans la petite cour de l'École militaire choisie à la demande de Dreyfus, deux escadrons du premier cuirassier et deux batteries à cheval rendent les honneurs aux commandants Targe et Dreyfus. Le premier reçoit sa croix d'officier, le second entend le général Gillain le faire chevalier avant de l'embrasser. Bien qu'il ait éprouvé que les mots étaient impuissants à rendre ses sensations d'alors et les étreintes délicieuses de tous ceux qu'il aimait, pour qui il avait eu le courage de vivre, Alfred Dreyfus a consigné que « les cuivres chantèrent haut et clair en ce jour d'allégresse » et qu'au vive Dreyfus, il répondit non : « Vive la République, vive la vérité ».