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Le lieutenant-colonel Alfred Dreyfus

Le lieutenant-colonel Alfred Dreyfus

Le combattant de la Grande Guerre

Les députés avaient voté la réintégration dans l'armée de Georges Picquart en décidant sa promotion au grade de général de brigade et en prenant son temps en position de réforme comme temps d'activité. Le sort réservé au chef d'escadron Dreyfus est bien différent puisque ses années de déportation puis de combat judiciaire ne sont aucunement prises en compte. L'impossibilité où il est dès lors placé d'espérer une nomination d'officier général a poussé Alfred Dreyfus à demander sa retraite dès 1907. Faute d'avoir passé deux ans dans son grade, il est pensionné en qualité de capitaine mais va reprendre du service pendant la première guerre mondiale. À l'état-major de l'artillerie du camp retranché de Paris puis au parc d'artillerie de la 168e division, le commandant Dreyfus se veut un officier comme les autres. Sa nomination de lieutenant-colonel du cadre de réserve est suivie d'une promotion au grade d'officier de la Légion d'honneur en juillet 1919, après un courrier au président Clemenceau. Mais, au début des années trente, il se verra refuser la carte de combattant 14-18 pour n'avoir pas été assez longtemps en première ligne. Bien que quatre de ses neveux soient morts pour la France pendant la Grande Guerre, jusqu'à sa mort et même sans doute après, l'Armée ne le tient pas quitte de l'Affaire.

Le serviteur de la cause de l'humanité

« L'iniquité dont j'ai prodigieusement souffert aura servi la cause de l'humanité et développé les sentiments de solidarité sociale » : c'est cette croyance qui apaise le retraité Dreyfus. Il s'est sans doute étonné cependant de voir acquitté par les jurés de la Seine, à l'automne 1908, le journaliste Grégori qui avait tiré sur lui lors de la panthéonisation de Zola. Toutefois il n'apparaît jamais aigri à sa fille Jeanne et ne parle jamais de sa déportation à ses petits-enfants ; il se veut un homme apaisé.

Sa femme et lui vivent bourgeoisement rue de Logelbach, assistés de deux domestiques dont l'une témoignera qu'il était tranquille et bon cependant que sa patronne payait ses gages même lorsqu'elle était malade dans une époque où la sécurité sociale n'existait pas. Peu après que le conseil municipal de Paris eut attribué le nom de son vieil adversaire Henri Rochefort à la voie croisant sa propre rue, Alfred Dreyfus déménage pour aller vivre dans un immeuble de la rue des Renaudes où il va finir ses jours, le 12 juillet 1935. Le 14, son corps sera déposé dans une tombe modeste du cimetière du Montparnasse ; en haut de la dalle de pierre, en attendant que sa femme et ses deux enfants n'y soient aussi ensevelis entre 1945 et 1981, sous un Ci-Gît écrit en hébreu, trois lignes seulement seront gravées :

LIEUTnt COLONEL ALFRED DREYFUS
OFFICIER DE LA LEGION D'HONNEUR
9 OCTOBRE 1859 - 12 JUILLET 1935