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Dreyfus dans l'histoire

Dreyfus dans l'histoire

Dreyfus représenté

Caricaturé et dessiné pendant l'Affaire, Alfred Dreyfus apparaît sur un film britannique d'actualités tourné à Rennes en 1899 ; la même année, en douze scènes étalées sur quinze minutes, Méliès en fait un personnage de cinéma. La maison Pathé produit trois films avant 1908, justifiant l'intuition de Zola : « ce drame géant qui remue l'univers semble mis en scène par quelque dramaturge sublime ». Mais la censure surgit dès 1915 interdisant les films de Méliès et Nonguet au nom de l'ordre public. Au début des années trente, les manifestations des antidreyfusards scellent l'échec de deux pièces de théâtre tandis que le film allemand de Richard Oswald comme le film anglais de Kraemer et Rosmer ne reçoivent pas leurs visas d'exploitation. En 1938, Joseph Schildkraut reçoit l'oscar du meilleur acteur pour son interprétation du rôle du capitaine dans la Vie d'Émile Zola mais le gouvernement Daladier interdit la projection du film de William Dieterle ; il obtient même son retrait de la sélection du festival de Venise pour atteinte à l'honneur de l'armée française.

Malgré les tensions que subit l'institution militaire, la diffusion en France du J'accuse de José Ferrer est autorisée en 1959 ; il est vrai qu'à l'époque, la sensibilité dreyfusarde de la famille du Premier ministre Michel Debré et du père du général de Gaulle est connue. En privé, le 19 décembre 1962, le président de la République confiera à Alain Peyrefitte que les juges peuvent être aveuglés par des préjugés de caste, ajoutant : « Quand des militaires se persuadent de la culpabilité de Dreyfus des décennies après sa réhabilitation, c'est la meilleure preuve que ce sont des crétins. Des crétins, il y en a partout, même dans les tribunaux ». Les difficultés à tourner des téléfilms à propos de l'Affaire, dans des espaces militaires, illustrent des traumatismes mémoriels mais leurs contenus témoignent surtout, selon Antoine de Baecque, de « la bonne conscience du cinéma français de 'fiction de gauche' ».

Dreyfus enseigné et célébré

Du milieu des années 20 aux années 50, l'enseignement de l'Affaire apparaît comme une formidable leçon d'instruction civique et le Malet-Isaac évoque une crise de la conscience nationale. Mais les manuels des années 80 diminuent la place du sujet qui est résumé en une dizaine de lignes dans la plupart des ouvrages pour les écoles primaires et les collèges. Pour les classes de première, Hubert Tison signale trois manuels fournissant une à deux pages de documents mais dénombre un maximum de 79 lignes sur l'histoire des procès du capitaine malgré son caractère d'excellent outil pédagogique de formation civique.

La commémoration des cent ans de l'Affaire a mal débuté quand un hebdomadaire militaire fit de l'innocence de Dreyfus, la thèse généralement admise par les historiens ; aussi, le 7 septembre 1994, le nouveau chef du service historique de l'armée de terre parla en public d'un fait divers judiciaire provoqué par une conspiration militaire. Depuis, les hommages à Zola et Dreyfus ont été plus nets. Le 8 janvier 1998, dans une lettre à leurs descendants, le président de la République a évoqué l'Affaire : « Tache sombre, indigne de notre pays et de notre histoire, colossale erreur judiciaire et honteuse compromission d'État ».

Le 12 juillet 2006, dans la grande cour de l'École militaire, le président Chirac a présidé une cérémonie nationale d'hommage solennel à Alfred Dreyfus, écouté l'essentiel du second arrêt de cassation lu par le Premier président Canivet avant de conclure : la tragédie du capitaine Dreyfus « a contribué à fortifier la République. Elle fut le creuset où finirent de s'élaborer les valeurs humanistes de respect et de tolérance. Des valeurs qui, aujourd'hui encore constituent notre ciment. La réhabilitation de Dreyfus, c'est la victoire de la République. C'est la victoire de l'unité de la France ».