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Justice et tolérance des combats séculaires

Justice et tolérance des combats séculaires

La réhabilitation de Jean Calas et des Sirven

Lors des discussions au Sénat pour la panthéonisation de Zola, héros de l'affaire Dreyfus, le nom du philosophe Voltaire est explicitement cité pour les combats qu'il conduisit en faveur de Calas, de Sirven et du chevalier de La Barre. Le protestant Jean Calas, négociant toulousain qui avait caché le suicide de son fils Marc Antoine intervenu le 12 octobre 1761, fut accusé de l'avoir tué pour l'empêcher de devenir catholique ; il fut roué, étranglé et brûlé le 10 mars 1762. Alerté par sa famille, Voltaire publia, dès 1763, son Traité sur la Tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas. L'arrêt du Parlement de Toulouse fut cassé en 1764 et Calas réhabilité en 1765. Cette année-là, Voltaire soutenait la cause d'une autre famille protestante réfugiée en Suisse, les Sirven accusés également de la mort d'une de leurs filles échappée d'un couvent. Il dénonçait l'existence en Languedoc d'une « furie infernale amenée autrefois par les inquisiteurs à la suite de Simon de Montfort » secouant quelquefois son flambeau. Mais l'appel devant le Conseil du roi fut rejeté en 1766 et les Sirven ne furent réhabilités par le parlement de Toulouse qu'en 1771 malgré une mobilisation de nombreux souverains d'Europe dont Frédéric II de Prusse et la tsarine Catherine II de Russie.

Quant au chevalier de La Barre, décapité et brûlé le 1er juillet 1766, le texte de Voltaire Relation de la mort du chevalier de la Barre à Monsieur le Marquis de Beccaria n'eut pas d'effets avant la Révolution et c'est la Convention qui prononça la réhabilitation de celui qui avait été à tort accusé de sacrilège alors qu'on ne pouvait lui reprocher qu'une impiété caractérisée par le fait de ne pas s'être découvert devant une procession et d'avoir dans sa bibliothèque le Dictionnaire philosophique de Voltaire (dont des juges voulaient qu'on brûle et le livre et l'auteur).

Voltaire et les erreurs judiciaires

Vingt ans avant l'édit de Tolérance, Voltaire avait multiplié ses écrits qui plaidaient non seulement pour la tolérance religieuse mais aussi pour une justice respectueuse des preuves. En 1772, ses Questions sur l'Encyclopédie évoquaient deux innocents roués vifs et inscrivaient, à l'article Certain, certitude que chaque juge devait se dire : « La postérité, l'Europe entière ne condamnera-t-elle pas ma sentence ? Dormirai-je tranquille, les mains teintes du sang innocent ? ». Le philosophe défendit aussi la mémoire du lieutenant-général des établissements français de l'Inde dans son Précis du siècle de Louis XIV et ses Fragments sur l'Inde. Apprenant la cassation de l'arrêt du Parlement qui avait condamné le comte de Lally-Tollendal, Voltaire écrivit à son fils : « Le mourant ressuscite en apprenant cette grande nouvelle (...) il mourra content ».

Voltaire décéda le 30 mai 1778, quatre jours après cette missive et fut inhumé dans l'église d'une abbaye avant d'être transféré au Panthéon le 11 juillet 1791. Contre la haine, l'injustice et l'intolérance, le philosophe invite à jamais les malheureux humains à célébrer les institutions bienfaisantes et utiles (les Invalides, les demoiselles de Saint-Cyr, les gentilshommes de l'École militaire) : « Que vos fêtes soient les commémorations des actions vertueuses et non de la haine, de la discorde, de l'abrutissement, du meurtre et du carnage ! ».

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