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La fondation de la Ligue des droits de l'homme

La fondation de la Ligue des droits de l'homme

Une mobilisation de dreyfusards

La violence déchaînée du procès Zola incite un témoin de la défense, le sénateur Trarieux, ancien garde des Sceaux, à réunir, le dimanche 20 février 1898, quelques dreyfusards : E. Duclaux, E. Grimaux, A. Giry, L. Havet, J. Héricourt, P. Meyer, P. Viollet et J. Psichari. Ce dernier, désigné comme secrétaire de la future Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, lance des circulaires dans les milieux intellectuels et recueille, avant le début d'avril, plus de 250 adhésions. Le 10 avril, dans L'Aurore, Henry Leyret annonce qu'une ligue vient d'être fondée pour « défendre les principes et les traditions de la Révolution française » et qu'elle fait appel à ceux qui sont « convaincus que toutes les formes d'arbitraire et d'intolérance sont une menace de déchirements civils, une menace à la civilisation et au progrès ». Saluant les premières centaines d'adhérents dont « un grand nombre d'hommes qui maintiennent le patrimoine intellectuel de la France », il rappelle que le procureur général Manau a affirmé, devant les magistrats de la Cour de cassation, que ces hommes intelligents sont l'honneur du pays. Le 17 juin 1898, à la fin de son premier manifeste qui demande à ses membres de résister au vent de folie et de rester la conscience vivante et agissante du pays, la LDH proclame : « Le condamné de 1894 n'est pas plus juif à nos yeux que tout autre, à sa place, ne serait catholique, protestant ou philosophe. Nous ne voyons en lui qu'un citoyen dont les droits sont les nôtres et nous repoussons, comme un recul inattendu des idées de liberté, les distinctions de secte qu'on prétendrait établir en sa personne ».

Les principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de Justice

Le 4 juin 1898, à la première assemblée générale de la Ligue des droits de l'homme, Georges Bourdon déplore que personne n'ait soufflé mot de l'affaire Dreyfus : « nous ne sommes ici que par elle et pour elle ». Mais les fondateurs de la LDH veulent dépasser le cas particulier du capitaine ; l'article 1er des statuts de la Ligue fixe son destin : «  défendre les principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de justice énoncés dans la déclaration des droits de l'homme de 1789 ». Comme l'écrit Emmanuel Naquet, historien de la Ligue et des associations impliquées dans l'action politique, le dépassement de l'Affaire est doublement et immédiatement revendiqué : Jean Psichari récuse une ligue fondée pour Dreyfus tandis qu'Yves Guyot veut une LDH intervenant « partout où la liberté individuelle est menacée ou violée » et contribuant à modifier la législation ou les pratiques qui l'aggravent. Dès son premier paragraphe, le manifeste du 17 juin 1898 affirme l'ambition des ligueurs : « À partir de ce jour, toute personne dont la liberté serait menacée ou dont le droit serait violé est assurée de trouver auprès de nous aide et assistance ».

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