Vous êtes ici :
Accueil /
La postérité de l'Affaire /
Les combats des droits de l'homme /
La ligue et l'innocence de Dreyfus

La ligue et l'innocence de Dreyfus

Le combat pour la réhabilitation

Si, lors des discussions de leur premier manifeste, les ligueurs s'interrogent pour savoir s'il doit « affirmer à la fois l'irrégularité du procès et l'innocence du condamné », la violence antidreyfusarde oblige la Ligue à exercer ses jeunes forces en courant à l'événement. Jean-Pierre Rioux l'a montrée, « née d'une protestation morale, grandissant sous l'aiguillon d'une protestation nécessaire qui se politise sans cesse, creusant chaque mois les conséquences de l'Affaire, au point d'effrayer parfois quelques-uns de ses pères fondateurs ». Quand la grâce de septembre 1899 détourne l'opinion de ses déchirements, comme l'espérait Waldeck-Rousseau, la Ligue poursuit le combat. Président de la LDH à partir de l'automne 1903, Francis de Pressensé lui apporte son souffle d'alacrité guerrière, d'énergie batailleuse et d'activité fiévreuse. Il bataille avec la même vigueur qu'il apportait à multiplier les réunions en province et à soutenir Zola en démissionnant de la Légion d'honneur. Pour lui, la Ligue est « une tentative d'organisation de la conscience française ». Après la victoire de 1906, il lutte toujours pour la solidarité sociale. Il défend aussi la liberté de penser des officiers catholiques condamnés, à Laon, pour avoir assisté à une messe et à un congrès de jeunesse chrétienne. Son comité central affirme d'ailleurs, le 29 août 1907, que la Ligue « entend défendre la liberté de conscience de tous, sans se soucier de savoir s'ils sont catholiques, protestants, juifs ou libres penseurs ».

Le combat pour la mémoire de l'innocent

La réhabilitation de juillet 1906 a fait reculer encore plus l'intérêt public. Mais, face aux nationalistes et aux révisionnistes impénitents de l'Action française, la Ligue réaffirme obstinément l'innocence d'Alfred Dreyfus. La réhabilitation est le premier grand combat victorieux des ligueurs ; son souvenir les encourage dans les batailles des décennies suivantes d'où un entretien vigilant de sa mémoire. Adhérent de la LDH jusqu'à sa mort, le commandant puis lieutenant-colonel Dreyfus reconnaît cette contribution. Il soutient la Ligue en 1911 quand elle défend le docker Jules Durand, conduit à la folie par sa condamnation à mort pour un crime dont il est innocent ; il signera une pétition d'universitaires demandant un procès équitable pour les anarchistes Sacco et Vanzetti. Toutefois, dans des dossiers critiquant l'Armée, A. Dreyfus témoigne de sa circonspection ne voulant pas confondre l'institution militaire et les misérables qui avaient conspiré contre lui.

Devenue l'archétype de l'erreur judiciaire, tant pour des procès en France qu'à l'étranger, le nom de l'affaire Dreyfus sert à désigner tout dossier dans lequel on soupçonne une condamnation injuste. Remplaçant le bulletin officiel de la LDH à partir de 1920, Les Cahiers des Droits de l'Homme sont un instrument d'influence ; ils rappellent régulièrement la victoire des dreyfusards, l'histoire de l'Affaire, son sens symbolique. Les ligueurs vont partager longtemps le sentiment exprimé par l'écrivain anarchiste Octave Mirbeau, un proche de Bernard Lazare : « Il faut bénir cette affaire Dreyfus de nous avoir en quelque sorte révélés à nous-mêmes, d'avoir donné à beaucoup d'entre nous, trop exclusifs ou trop sectaires dans leur compréhension de la vie sociale, un sens plus large de l'humanité, un plus noble et un plus ardent désir de justice ».

médias

En 1902, la LDH fête l'élection de ses députés

Plaque commémorant le retour de déportation d'A. Dreyfus