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La ligue des droits de l'homme au XXe siècle

La ligue des droits de l'homme au XXe siècle

La Ligue, de la Grande Guerre au Front populaire

D'aucuns ont vu dans l'extrême sévérité des tribunaux militaires au début de la Grande Guerre, une revanche sur la justice civile et l'arrêt cassant sans renvoi la condamnation d'Alfred Dreyfus. Les conseils de guerre spéciaux ont multiplié les fusillés pour l'exemple de l'automne 1914 au printemps 1915 au point qu'une loi a mis fin à leur fonctionnement en avril 1916. Dès l'été suivant, la Ligue souligne que la justice militaire est « unanimement critiquée » ; au moment des mutineries de 1917, elle appuie les parlementaires socialistes qui demandent la limitation des condamnations des mutins. Après la victoire, la LDH enquête notamment sur le drame de Souain et l'exécution de quatre caporaux en mars 1915. Elle contribue, en 1928, à l'adoption de la loi créant une cour spéciale de justice militaire habilitée à réviser les jugements de tous les conseils de guerre non permanents même si la Cour de cassation a rejeté les pourvois. Nicolas Offenstadt a montré que ces campagnes sont, pour la LDH, une véritable question identitaire ; certains y voient aussi la réhabilitation de sa participation à l'Union sacrée en 14-18, critiquée par Séverine qui rappelait avoir pris pour jamais, pendant l'Affaire, « le goût des hardiesses qui nous valent l'honneur de l'impopularité ».

Sa défense des victimes des conseils de guerre rend la Ligue populaire et lui fait retrouver sa légitimité des temps dreyfusards pour contribuer à perfectionner le modèle républicain. Dans les années trente, le pacifisme intégral et les divergences sur l'opportunité de condamner les procès de Moscou affaiblissent la LDH malgré son rôle dans la constitution du rassemblement populaire qui, après les émeutes de février 1934, prépare la victoire du Front populaire. Ligueur de fondation, Léon Blum s'est déjà engagé alors pour une évolution de la démocratie politique vers la démocratie sociale. Les ligueurs antifascistes sont contre la politique de non-intervention en Espagne mais, prenant la parole au congrès de la LDH en 1937, le président du Conseil affirme que c'est « en hésitant à se jeter dans la lice (pour la sauvegarde des institutions républicaines, suprême garantie des droits de la personne) que la Ligue aurait manqué à sa mission, qu'elle aurait trahi la pensée de ses fondateurs ».

Les ligueurs, effectifs et objectifs

Si la LDH a compté plus de 52 000 adhérents en 1912 et a revendiqué, vingt ans après, 179 355 ligueurs, ses effectifs se sont très sensiblement réduits dans les décennies suivantes. Dès 1922, les communistes avaient interdiction d'en être membres et, après 1945, le poids du PCF et des organisations qu'il contrôlait a nui à un nouveau développement de la LDH qui n'avait plus que 10 000 adhérents à la fin des années 50 et entre 5000 et 10 000 dans les années 80-90. Toutefois le combat anti-colonialiste, les activités partagées avec la Fédération internationale des droits de l'homme puis le soutien au Comité droits et liberté dans l'institution militaire - créé par l'avocat Henri Noguères, président de la Ligue de 1975 à 1984 - ont laissé à la LDH et à ses publications (Après-Demain fondé en 1957 puis Hommes et libertés apparu en 1977) un vrai rôle qui a pesé dans la liquidation des tribunaux d'exception et des juridictions militaires, toutes disparues dans les années 80, sauf pour des militaires en opérations.

Pour la défense des libertés individuelles, l'esprit qui anima le président de la première section provinciale de la Ligue à Rennes, Victor Basch, président de la LDH de 1926 à son assassinat en 1944, demeure vivant, celui d'un « petit nombre d'hommes qui, éternels trouble-fête, disent aux hommes et aux choses qu'ils ne leur permettront pas d'être immobiles ».

médias

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Hommes & libertés oct. - déc. 2004