Pierre Waldeck-Rousseau (1846 - 1904)

Waldeck-Rousseau

Dreyfusard

Hommes politiques

Initiateur de la grâce d'Alfred Dreyfus en 1899 et de la loi qui, en 1900, amnistia « tous les faits criminels ou délictueux connexes à l'affaire Dreyfus ou ayant été compris dans une poursuite relative à l'un de ces faits », Pierre Marie René Waldeck-Rousseau était né à Nantes, préfecture de la Loire-Inférieure, le 2 décembre 1846.

Fils d'un avocat, député en 1848 et maire de Nantes en 1870, ce docteur en droit s'inscrit au barreau de Nantes avant d'être élu député d'Ille-et-Vilaine de 1879 à 1889, puis, après 1894, sénateur de la Loire. Ministre de l'Intérieur de Léon Gambetta puis de Jules Ferry, de novembre 1881 à janvier 1883 et de février 1883 à avril 1885, il va exercer les mêmes fonctions en les cumulant avec la charge de président du Conseil du 22 juin 1899 au 6 juin 1902.

Son cabinet de défense républicaine, soudé face aux nationalistes, constitue le plus long ministère de la IIIe République. Y siègent ensemble notamment le socialiste Millerand, ministre du Commerce et de l'Industrie et le général-marquis de Galliffet, ministre de la Guerre, considéré à gauche comme « le fusilleur de la Commune ». La manière dont ce dernier gère la fin de la phase cruciale de l'affaire Dreyfus, la limitant à un incident clos devant déboucher sur la grâce du capitaine et l'amnistie de ses accusateurs convient au président du Conseil.

Si, le 10 septembre 1899, Clemenceau dénonce par avance la grâce qui donnera « satisfaction aux âmes sensibles », le président affirme 13 mois plus tard, le 28 octobre 1900 : « L'Humanité a trouvé satisfaction dans une mesure de clémence qu'a ratifiée la générosité de cœur enfin réveillée de notre pays (...le gouvernement) demandera à la Chambre de voter une loi d'effacement essentielle pour apurer l'apaisement définitif ».

La loi d'amnistie est votée par le 13 décembre par 314 voix contre 205 ; Alfred Dreyfus en est exclu et peut poursuivre son combat pour une complète réhabilitation. L'ancien capitaine explique le vote de la majorité des républicains par la volonté de « ne pas faire échec au ministère, combattu par toutes les réactions ».

Considérant qu'il n'y a plus d'affaire Dreyfus, Waldeck-Rousseau se consacre à la loi sur les associations ; votée le 1er juillet 1901, elle fait pendant à sa loi de mars 1884 sur la liberté des syndicats professionnels. Il s'attache aussi à une grande réforme de l'enseignement secondaire et aux échanges diplomatiques qui vont déboucher, en avril 1904, sur l'Entente cordiale. Mais, atteint du cancer qui l'emportera le 10 août 1904, Waldek-Rousseau a démissionné de la présidence du Conseil dès le 3 juin 1902, après la large victoire des radicaux qui réintégreront Dreyfus dans l'armée en 1906.