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Le souvenir de Jaurès, tribun en politique

Le souvenir de Jaurès, tribun en politique

Le républicain des Preuves

Si, dans l'hiver 1894-1895, Jaurès constatait un prodigieux déploiement de la puissance juive pour sauver l'un des siens et s'étonnait d'une condamnation modérée au regard des peines frappant de simples soldats, une fois acquise sa conviction de l'innocence de Dreyfus, il n'eut de cesse d'en marteler les preuves avant de se trouver au premier rang des partisans de la réhabilitation. Dès le 22 janvier 1898, il affirmait : « nous mourons tous, depuis que cette affaire est ouverte, des demi-mesures, des réticences, des équivoques, des mensonges, des lâchetés ! ». Sa position de dreyfusard courageux a contribué à son échec aux législatives de mai 1898, mais, dans La Petite République qu'il dirigeait, puis dans un livre vendu au prix modique de 1,50 franc, il a martelé ses preuves en août et septembre 1898.

En 1900, Dreyfus dresse son portrait : « physique épais et lourd, un cou de taureau, une tête puissante, des yeux bleus limpides qui s'animent et brillent dès que la parole l'emporte, un sourire bienveillant et plein de bonté ». Pour le capitaine, la noblesse et le courage caractérisent Jaurès et il comprend que celui-ci lui conseille de « n'agir qu'avec des preuves décisives ». En 1902, Jaurès affirme à ses camarades, à ses lecteurs, à ses électeurs : « toute la France éclairée et loyale sait la vérité ». Il reprend longuement ses arguments devant les députés en 1903 témoignant de cette éloquence chaude et pénétrante, admirablement imagée, de la logique serrée qu'admire en lui l'innocent qui juge son discours parfait. Le capitaine approuve aussi sa position quant aux punitions de ceux qui ont participé au fichage dans les armées « dans l'intérêt supérieur de la République (alors qu'on a amnistié) des hommes qui ont commis des crimes de droit commun pour essayer de maintenir une condamnation inique et qui ont été jusqu'à nous amener à la veille d'un coup d'État contre la République ».

Le martyr de la Paix, veillé par la Justice

Comme l'a écrit J.-P. Rioux, depuis l'affaire Dreyfus, Jaurès « a participé à la défense d'une République menacée qui a répliqué en fortifiant l'État, en amenuisant son énergie libérale, en privilégiant les « blocs et en récompensant ses fonctionnaires zélés ». Il demeure un homme qui peut aider « à libérer le sens critique, à sonder les plaies, à lire le réel et dire le vrai ». J.N. Jeanneney a montré, dans sa préface de L'Armée nouvelle, que Jaurès est demeuré un patriote qui nous concerne encore parce qu'il « refuse que sa réflexion demeure étroitement militaire ». Assassiné le 31 juillet 1914 par Raoul Vilain qu'un jury nationaliste acquittera en 1919 - la veuve de Jaurès étant condamnée aux dépens du procès (!) - Jean Jaurès entra au Panthéon le 23 novembre 1924. Panthéonisé 72 ans plus tard jour pour jour, Malraux avait, le 19 décembre 1964, invité Jean Moulin à entrer lui aussi dans le temple des Grands Hommes, avec les cendres de Jaurès veillées par la Justice. C'est bien en effet le refus de l'injustice qui a marqué les combats du tribun socialiste ; préfaçant Les Preuves maître Jean-Denis Bredin l'a rappelé, l'intolérance de l'injustice est, pour Jaurès, le fondement de toute morale politique.

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Jaurès agressé en 1898

Jaurès lisant L'Humanité