Auguste Scheurer-Kestner (1833 - 1899)

Auguste Scheurer-Kestner

Dreyfusard

Hommes politiques

Le plus prestigieux parlementaire dreyfusard, Auguste Scheurer, était né dans le Haut-Rhin, à Mulhouse, le 11 février 1833.

Fils d'un industriel républicain, il fait ses études de chimiste à Paris où il se lie à Clemenceau et s'oppose au Second Empire. Marié en 1856 à Céline Kestner, fille d'un industriel républicain de Thann, il est condamné à quatre mois de prison en 1862, pour « excitation à la haine et au mépris du gouvernement ». En février 1871, il est élu député du Haut-Rhin et s'oppose à l'annexion de l'Alsace ; démissionnaire de son mandat, il devient député de la Seine en juillet 1871.

Dirigeant, avec Gambetta, le groupe de l'Union républicaine, il est nommé sénateur inamovible le 15 septembre 1875. Vice-président du Sénat en février 1895, il apprend le nom du vrai coupable, le 13 juillet 1897, par Me Leblois, ami du colonel Picquart. Ne pouvant faire état de sa source, il enquête et tente de le faire savoir à Dreyfus par l'intermédiaire de J. Reinach qui va vainement voir le ministre des Colonies Lebon.

Reçu par Félix Faure le 29 octobre 1897, Scheurer-Kestner multiplie ses contacts avec le ministre de la Guerre et fait saisir des lettres où Esterhazy manifeste sa haine de la France. Ne rencontrant « que des politiciens tenant plus à leur portefeuille qu'à la sainte cause de la justice », il convainc Clemenceau et Octave Mirbeau avant de publier, dans Le Temps, le 14 novembre, sa certitude de l'existence de pièces prouvant l'innocence de Dreyfus et son souhait d'une enquête régulière.

Déchaînant des haines violentes, il subit l'apparente victoire des antidreyfusards en janvier 1898, avec l'acquittement d'Esterhazy et la perte de sa vice-présidence du Sénat. Tout en n'approuvant pas le ton de Zola dans J'accuse, il témoigne en sa faveur. En 1899, atteint d'un cancer, il fait envoyer une lettre au conseil de guerre de Rennes mais meurt à Bagnères-de-Luchon, le 19 septembre, jour de la grâce du capitaine. Sa famille garde alors son testament spirituel qui affirme qu'il meurt « dans la foi républicaine (...) dans le culte de la libre pensée ». Parmi les rares sénateurs qui assistent à ses obsèques, se trouve Armand Fallières qui signera, en 1906, la loi réhabilitant Alfred Dreyfus.

Les Mémoires d'un sénateur dreyfusard ont été réédités, en 1988, avec l'aide du Centre national du livre. Dreyfus salua en Scheurer-Kestner, dans ses Carnets, une « belle et noble figure qui mourut à la peine ». Le 13 juillet 1906, les sénateurs décidèrent que les bustes des présidents Scheurer-Kestner et Trarieux seraient placés dans la galerie précédant leur salle de séances en hommage à leur courage civique.

Si la presse a honoré la mémoire du président Scheurer-Kestner, les activistes de l'Action française, les Camelots du Roi, brisèrent son monument au jardin du Luxembourg ; mais on l'y trouve toujours tandis que son buste demeure exposé à Thann où il fut inhumé.