Jean-Pierre Manau (1822 - 1908)
Jean-Pierre Manau
Dreyfusard
Fils d'un maître verrier, ce docteur en droit est avocat et secrétaire de Ledru-Rollin au ministère de l'Intérieur après la révolution de 1848. Exilé pendant quatre ans au début du Second Empire, poursuivi en 1851 et 1858, il redevient avocat à Montauban puis à Toulouse ; il est recommandé à Gambetta après la proclamation de la IIIe République.
S'il préside, à Toulouse, une commission visant à l'épuration des magistrats hostiles à la République, il s'y oppose à la Commune et y devient premier avocat général, en septembre 1870. À Paris il est juge en mars 1871, conseiller à la cour d'appel en septembre 1879, président de chambre un an plus tard.
Nommé à la Cour de cassation le 6 mai 1882, il est reconnu comme un magistrat « laborieux et des plus capables ». Se présentant comme un « vieux Républicain de 1848 », il revendique la présidence d'une chambre de la Cour en février 1890 et l'obtient le 15 mars 1892. Procureur général à partir du 31 mars 1893, il obtient, le 16 décembre 1897, la réhabilitation de la mémoire de l'instituteur républicain Pierre Vaux, innocent mort à Cayenne le 13 janvier 1875. J.-P. Manau requiert ensuite dans les procès Zola et Dreyfus. À la fin de son réquisitoire pour l'écrivain, il conclut : « Tu ne suivras pas la multitude pour faire le mal, et lorsque tu te prononceras dans un procès, tu ne te détermineras point selon la multitude jusqu'à pervertir le droit ».
Parce qu'il s'est refusé « à voir des vendus et des traîtres dans des hommes dont la vie tout entière s'honore d'un infatigable labeur », un député ne craint pas de le ranger, avec ses collègues Bard et Loew, dans un trio de coquins. Il reste en fonctions jusqu'à 78 ans révolus, ayant fait valoir, dix ans auparavant, qu'il n'avait pas d'autre fortune que son traitement. Procureur général honoraire le 3 octobre 1900, il se voit conférer, deux jours plus tard, la dignité de grand officier de la Légion d'honneur.
Il meurt à Vernon, dans l'Eure, le 3 février 1908. Voyant en lui, « l'un des plus beaux exemples de courage civique », son successeur Manuel Baudoin salue, le 16 octobre, le fait « qu'il fut de son temps sans aveuglement, de son parti sans servilité » et « sa foi politique inébranlable ».
Magistrats et avocats
Procureur général lors de la cassation du procès perdu par Zola en février 1898 et de la première cassation du jugement qui avait condamné Dreyfus, Jean-Pierre Manau était né dans le Tarn-et-Garonne, à Moissac, le 18 août 1822.Fils d'un maître verrier, ce docteur en droit est avocat et secrétaire de Ledru-Rollin au ministère de l'Intérieur après la révolution de 1848. Exilé pendant quatre ans au début du Second Empire, poursuivi en 1851 et 1858, il redevient avocat à Montauban puis à Toulouse ; il est recommandé à Gambetta après la proclamation de la IIIe République.
S'il préside, à Toulouse, une commission visant à l'épuration des magistrats hostiles à la République, il s'y oppose à la Commune et y devient premier avocat général, en septembre 1870. À Paris il est juge en mars 1871, conseiller à la cour d'appel en septembre 1879, président de chambre un an plus tard.
Nommé à la Cour de cassation le 6 mai 1882, il est reconnu comme un magistrat « laborieux et des plus capables ». Se présentant comme un « vieux Républicain de 1848 », il revendique la présidence d'une chambre de la Cour en février 1890 et l'obtient le 15 mars 1892. Procureur général à partir du 31 mars 1893, il obtient, le 16 décembre 1897, la réhabilitation de la mémoire de l'instituteur républicain Pierre Vaux, innocent mort à Cayenne le 13 janvier 1875. J.-P. Manau requiert ensuite dans les procès Zola et Dreyfus. À la fin de son réquisitoire pour l'écrivain, il conclut : « Tu ne suivras pas la multitude pour faire le mal, et lorsque tu te prononceras dans un procès, tu ne te détermineras point selon la multitude jusqu'à pervertir le droit ».
Parce qu'il s'est refusé « à voir des vendus et des traîtres dans des hommes dont la vie tout entière s'honore d'un infatigable labeur », un député ne craint pas de le ranger, avec ses collègues Bard et Loew, dans un trio de coquins. Il reste en fonctions jusqu'à 78 ans révolus, ayant fait valoir, dix ans auparavant, qu'il n'avait pas d'autre fortune que son traitement. Procureur général honoraire le 3 octobre 1900, il se voit conférer, deux jours plus tard, la dignité de grand officier de la Légion d'honneur.
Il meurt à Vernon, dans l'Eure, le 3 février 1908. Voyant en lui, « l'un des plus beaux exemples de courage civique », son successeur Manuel Baudoin salue, le 16 octobre, le fait « qu'il fut de son temps sans aveuglement, de son parti sans servilité » et « sa foi politique inébranlable ».
