Louis Loew (1828 - 1917)

Louis Loew

Dreyfusard

Magistrats et avocats

Président de la chambre criminelle pendant l'instruction de la première cassation du jugement qui avait condamné Dreyfus, Louis Loew était né à Strasbourg, le 30 avril 1828.

Fils d'un brasseur, Louis Loew fait de brillantes études que consacrent ses débuts d'avocat à 20 ans et, en 1851, un doctorat de droit avec éloges. Dès 1852, il est substitut à Altkirch ; après avoir été membre du Parquet à Colmar et Strasbourg où sa profonde érudition en droit civil et criminel est saluée, il est procureur à Mulhouse-Altkirch en 1859 et y devient président en 1864.

Optant pour la nationalité française après l'annexion de l'Alsace, il est président au Havre en 1872 avant d'être, à Paris, juge en 1875, conseiller à la cour d'appel en 1880 et procureur général en 1883.

Président de la chambre criminelle à la Cour de cassation à partir du 11 mai 1886, il dirige l'instruction de la première cassation du procès Dreyfus et se sent « voué à la haine publique et désigné à ses fureurs, (son nom, sa religion, sa famille étant) scrutés, travestis, vilipendés avec la plus perfide acrimonie ». En janvier 1899, un député le range, avec son rapporteur Bard et le procureur général Manau, dans un trio de coquins.

La chambre criminelle est accusée d'être « à la solde de l'Allemagne et du Syndicat juif » et une loi de circonstance la dessaisit, le 1er mars 1899 bien que, le 3, elle parvienne à protéger Picquart de la justice militaire en affirmant la supériorité de la justice civile pour les affaires connexes. Son président affirmera plus tard : « On nous a accusés d'avoir été partiaux pour Dreyfus. En voulant faire preuve d'impartialité, nous avons été partiaux contre lui ».

Après 51 ans de services civils, Louis Loew préside sa dernière audience le 9 mai 1903, évoquant le martyre que lui fit subir l'inconscience populaire. Premier président honoraire depuis avril 1903, il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur, le 22 mai suivant. Après la séance de réhabilitation de 1906, il a « un sentiment de patriotique orgueil » en sachant que ce n'était pas un officier de l'état-major qui avait trahi l'armée « ni un enfant de l'Alsace qui avait trahi la France » et publie, en 1910, La loi de dessaisissement par un dessaisi.

Nommé premier président honoraire dès avril 1903, il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur, le 22 mai suivant ; il publie, en 1910, La Loi de dessaisissement par un dessaisi. Avant de décéder à Bâle, le 23 avril 1917, il choisit le texte d'annonce de ses obsèques -« bienheureux ceux qui ont souffert pour la justice »-. Au cours de ses funérailles, le pasteur Tissot rappelle un texte du prophète Daniel (XII,3) : « Ceux qui auront enseigné la justice à la multitude brilleront comme des étoiles ». Le président Loew est inhumé conformément à son vœu, au cimetière protestant de Mulhouse, avec « pour oreiller le vieux drapeau français du tribunal de Mulhouse ».