Édouard Drumont (1844 - 1917)

Édouard Drumont

Antidreyfusard

Journalistes et intellectuels

Principal propagateur de l'antisémitisme dans la France de la IIIe République et ardent antidreyfusard, Édouard Drumont était né à Paris le 3 mai 1844.

Employé au département de la Seine, il écrit dans L'Univers de Louis Veuillot et La Liberté d'Émile de Girardin avant de publier des ouvrages historiques à l'instar de son oncle maternel Jean Buchon. En 1886, les deux volumes de La France juive assurent sa popularité ; par dizaines de milliers, en plus de 120 rééditions, ses ouvrages constituent un bréviaire de la haine.

En 1892, É. Drumont fonde le quotidien antisémite La Libre Parole où il se déchaîne contre les parlementaires compromis dans le scandale de Panamascandale de Panama
En 1892, des poursuites judiciaires visèrent les élus qui avaient financé des journaux ou alimenté leurs caisses électorales avec de l'argent de la compagnie créée pour le percement du canal de Panama, par Ferdinand de Lesseps initiateur du canal de Suez. Clemenceau et d'autres parlementaires furent compromis et perdirent leurs sièges aux élections de 1893.
et où il fait campagne contre la présence d'officiers juifs dans l'armée. Le 1er novembre 1894, son quotidien titre en première page sur l'arrestation d'un traître juif à l'état-major. Comme l'écrivit Joseph Reinach, ce milieu clérical était « surchauffé par la lecture de la prose meurtrière de Drumont » et l'antisémitisme y guettait le brillant capitaine. Au lendemain de la première condamnation, La Libre Parole titre « Hors de France, les Juifs ! La France aux Français ! » et son directeur se félicite que ses livres, révélant le péril juif, aient empêché que le pays puisse être livré à l'ennemi « au moment d'une guerre, par les Dreyfus et les Reinach, embusqués dans tous les services importants ».

Candidat antisémite, Drumont est élu député d'Alger en mai 1898 et demande vainement l'abrogation du décret Crémieuxdécret Crémieux
Adolphe Crémieux, ministre de la Justice après la chute du IIe Empire, fit voter en 1870 le décret attribuant la citoyenneté française aux juifs d'Algérie
; il échoue à se faire réélire en 1902. En effet, comme l'a constaté Pierre Birnbaum dans Le Moment antisémite, la haine ne débouche pas sur une Saint-Barthélémy des juifs : « on ne compte pas les maires, les préfets, les sous-préfets, les commissaires de police qui, sans cesse présents sur le terrain, sont parvenus à endiguer, briser, détourner la violence antisémite ».

Si Drumont échoue à obtenir un fauteuil à l'Académie française en 1909 et meurt oublié à Paris, le 3 février 1917, ses phrases sur « les sémites décousus » dont on saisira les biens préfigurent sinistrement la politique du commissariat général aux questions juives qui sera développée par l'État français de 1940 à 1944.