Louis-Norbert Carrière (1833-)

Caricature du commandant Carrière

Antidreyfusard

Officiers

Commissaire du gouvernement ayant requis avec succès, à Rennes, la seconde condamnation d'Alfred Dreyfus, Louis-Norbert Carrière était né dans l'Hérault, à Saint-Pons-de-Thomières, le 7 décembre 1833.

Fils d'un huissier, il est reçu 80e sur 320 à Saint-Cyr en 1853 ; il en sort 176e sur 228. De 1855 à 1864, il sert au 38e R.I. avant d'être muté dans la Garde de Paris. Marié en 1862 à la fille d'un notaire, maire et conseiller général, L. Carrière, capitaine de la Garde républicaine depuis 1871, est chef d'escadron de gendarmerie en Vaucluse à partir de 1880. Il rejoint l'Algérie en 1883 et prend sa retraite en 1889. Préparant sa reconversion, son inspecteur général a écrit « s'il peut obtenir un emploi dans les parquets militaires, il saura s'y faire remarquer à raison des aptitudes générales qu'il possède ».

Rapporteur au conseil de guerre de Rouen en octobre 1890, il devient commissaire du gouvernement près le conseil de guerre de Rennes le 14 août 1892. Sept ans plus tard, la presse n'est pas conquise par « l'élocution facile » que vantait son général en Algérie et le dreyfusard Jean-Bernard évoque une voix et un geste vulgaires, « le tout sans relief, sans élégance et sans style ». Il est conseillé par Jules Auffray, l'avocat de La Libre Parole décrit par Reinach comme « la marque même du jésuite juriste (...) qui soufflait le fantoche ».

Le commandant Carrière méconnaît délibérément les instructions de Paris. Il permet qu'on débatte de points écartés par l'arrêt du 3 juin 1899 et agresse les témoins de la défense tandis que les 70 témoins de l'accusation convoqués même s'ils n'avaient pas « personnellement et directement connaissance d'un fait pertinent » parlent sous l'influence du général Mercier.

Affirmant que ce procès est une lutte, L. Carrière profite de sa liberté de parole puisque son ministre a renoncé à lui donner des réquisitions écrites. L'arrêt de 1906 cite un de ses manquements - l'utilisation de la pièce falsifiée n° 371 - et lui fait grief d'avoir méconnu des lettres que lui envoya Esterhazy se reconnaissant comme l'auteur du bordereau. Le 7 septembre 1899, il requiert une condamnation « au nom d'une entité qui n'a pas de passions » mais reprend la parole, le 9, pour suggérer des circonstances atténuantes.

Avant son retour à la vie civile, le 7 octobre 1901, le général commandant du 10e corps énonce qu'il « serait très fâcheux et peu équitable que cet excellent et vieux serviteur n'obtint pas, avant de quitter les fonctions qu'il a très bien remplies, la croix d'officier ». Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1884, il part avec ce rang en dépit des louanges du chef d'état-major du 10e corps déversées sur ce « serviteur digne, droit, honnête, consciencieux, de sentiments élevés et d'un caractère énergique, (...) très méritant à tous égards ». Il décède dans un oubli tel que la date de sa mort n'est pas retranscrite sur l'état-civil de son lieu de naissance.