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La préparation du procès de Rennes

La préparation du procès de Rennes

Les instructions gouvernementales

En cassant et annulant le jugement du 22 décembre 1894, la Cour de cassation a renvoyé l'accusé devant le conseil de guerre de Rennes afin qu'il soit délibéré de sa culpabilité d'avoir livré « des notes et documents mentionnés dans le bordereau ». En fonction de l'arrêt, une longue instruction est rédigée par Waldeck-Rousseau en personne ; avocat et dreyfusard, le président du Conseil entend orienter le travail du commissaire du gouvernement. Pour mieux influencer le Conseil de guerre de Rennes, le ministre de la Guerre accepte de signer cette longue note. Mais, dans une lettre au président du Conseil des ministres, le général de Galliffet l'informe qu'il y a « dans l'armée un parti pris et absolument pris de ne pas vouloir l'acquittement de Dreyfus ».

Sensible aux pressions de la hiérarchie militaire, le commandant Carrière, commissaire du gouvernement, va se montrer, selon B. Joly, incohérent, stupide, dépassé. Mais il est assisté d'un avocat nationaliste d'autant plus efficace que les dreyfusards acceptent, avec Clemenceau, l'idée qu'il faut tout dire et tout produire.

Une mise en scène militaire

Bien que, par courrier du 10 juillet 1899, le ministre de la Guerre interdise la présence à Rennes, sans motifs particuliers, d'officiers, l'Armée se prépare à mettre en scène ce second procès. L'arrivée du dossier secret dans un chariot dont s'occupent huit soldats comme son déplacement dans un immense et profond panier d'osier donnent l'impression au public d'une colossale série de pièces accablant l'innocent. Pendant tout le procès, pour les centaines de mètres qu'il parcourt depuis la prison militaire, le capitaine prévenu, pourtant juridiquement à nouveau innocent, doit traverser une haie de sécurité où il ne voit que les croupes des chevaux des cavaliers et où les fantassins et cavaliers lui tournent le dos.

Tandis que la presse internationale se presse en Bretagne pour ce qu'elle croit être l'imminente reconnaissance de l'innocence d'Alfred Dreyfus, l'ordonnateur des poursuites de 1894, le général Mercier, menacé d'une mise en accusation pour communication de pièces secrètes aux juges de 1894, il devient l'accusateur public du capitaine Dreyfus ; le 4 août 1899, trois jours avant l'ouverture du procès, L'Intransigeant répète ses propos : « À huis clos ou publiquement, je parlerai et je dirai tout. Dreyfus est un traître : je le prouverai ».

médias

Prison militaire de Rennes où Dreyfus est enfermé du 1er juillet au 20 septembre 1899

A. Dreyfus va regagner la prison militaire de Rennes