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Le pourvoi éphémère et la grâce présidentielle

Le pourvoi éphémère et la grâce présidentielle

Le nouveau pourvoi devant le conseil de révision militaire

Le 9 septembre, après son inique condamnation, Alfred Dreyfus cherche à consoler sa femme qui, avec lui, avait rêvé « la réparation d'une effroyable erreur judiciaire » ; dans ses Carnets, il déplore le jugement contre la vérité et la justice d'hommes « égarés par leurs passions, par l'esprit de parti, peut-être par des manœuvres criminelles perpétrées dans l'ombre ». Il signe le soir même son pourvoi devant le conseil de révision militaire sans rien en attendre sinon de gagner du temps. Son but est d'aller devant la Cour de cassation pour lui permettre d'achever son œuvre de justice et de vérité quand un fait nouveau ou la preuve d'un faux témoignage apparaîtra. Des pétitions d'intellectuels recommencent à circuler en faveur de celui qui résume en sa personne « la liberté individuelle, le droit et la justice outragés ».

Si Drumont va jusqu'à écrire que « le verdict de Rennes vaut un nouvel Austerlitz », Clemenceau manie l'ironie en évoquant les deux juges qui se sont prononcés pour l'innocence : « voilà notre gain pour deux ans de combat » ; le futur président du Conseil avait en effet rédigé près de 700 articles dreyfusards depuis l'automne 1897. Maître Labori écrit à Dreyfus qu'il est victime d'une condamnation odieuse, «  un admirable martyr, digne de la cause immense d'humanité  » qu'il représente. Tandis qu'une vague de francophobie déferle sur l'Europe et l'Amérique du Nord où le boycott de l'exposition universelle de 1900 est envisagé, le gouvernement médite les propos du ministre de la Guerre qui considère que le camp des antidreyfusards, c'est toute l'armée et la majorité des Français.

L'apaisement par la grâce et l'oubli

Dès le 10 septembre 1899, de vives discussions opposent les dreyfusards sur l'opportunité de paraître accepter le verdict ; Clemenceau hurle : « C'est la fin de la campagne, de la lutte, de la bataille, la grâce donnera satisfaction aux âmes sensibles ; nous perdrons toutes nos troupes ». Le 12, Mathieu Dreyfus est introduit dans la cellule de son frère pour lui signifier que le gouvernement est prêt à le gracier s'il retire son pourvoi. Effectuée avec l'accord du ministre, la démarche de Mathieu présente le retrait du pourvoi comme « conseillé, approuvé par les hommes qui avaient été, dans la presse, devant l'opinion, les principaux défenseurs de (sa) cause ». Alfred consent à ce retrait, « clef de la pacification » pour Galliffet. Le président Loubet diffère cependant d'une semaine sa signature pour appuyer sa décision de grâce sur un certificat médical attestant que la santé du condamné est « gravement compromise et qu'il ne supporterait pas, sans le plus grave péril, une détention prolongée ».

Le 19, la décision présidentielle permet l'élargissement du condamné gracié qui quitte la prison militaire de Rennes le 20. Le 22, alors qu'il est arrivé à Carpentras chez sa sœur Henriette, l'ordre du jour du ministre de la Guerre est diffusé ; il tente de réduire l'affaire à un incident désormais clos. Dès le 13, le général de Galliffet esquissait la prochaine étape gouvernementale, une amnistie générale : la grâce « mesure de souveraine pitié ne serait pas comprise de tous, s'il n'était pas résolu, en principe, de mettre pour toujours hors de cause les officiers généraux ou autres qui ont été mêlés à cette malheureuse affaire. Il faut leur ouvrir les portes de l'oubli ».