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Les premières démarches

Les premières démarches

Les suppliques du déporté innocent

« Santé bonne. Aboutissez. Alfred. » Le 12 mars 1895, en demandant qu'on adresse ces mots à sa femme, Dreyfus ne sait pas qu'on ne lui en transmettra même pas les termes exacts. Il n'imagine pas non plus qu'il lui faudra attendre plus de quatre ans un nouveau procès et plus de onze ans sa réhabilitation. Il croit proche la preuve de son innocence et se veut détenu modèle. Ses courriers aux plus hautes autorités martèlent sa demande de justice « à cor et à cri, au nom de mon honneur ». Le 12 janvier 1896, on lui communique verbalement que sa première lettre au président de la République, du 5 octobre 1895 a été repoussée sans commentaires alors qu'il n'y demandait ni grâces ni faveurs mais la lumière pleine et entière. Malgré sa colère contre l'iniquité humaine, sa conviction ne varie pas ; le 7 septembre 1896, il consigne sur ses Carnets : « Innocent, mon devoir est d'aller jusqu'au bout de mes forces, tant que l'on ne m'aura pas tué » et dit sa certitude que « la lumière sera faite, la vérité découverte, car, tôt ou tard, tout se découvre dans la vie ». Se croyant près de mourir, il saisit à nouveau le président Félix Faure, le 10, ne demandant qu'une chose « toujours la même, la recherche du véritable coupable ». Le 12, une lettre à sa femme parle d'une machination qui se poursuit toujours afin d'épaissir les ténèbres. Jusqu'à l'automne 1898, l'ignorance dans laquelle A. Dreyfus est tenu lui fait croire à tort aux possibilités d'être soutenu par sa hiérarchie au point que, le 6 janvier 1898, il écrit à Lucie avoir « remis la défense de nos droits entre les mains de M. le Ministre de la Guerre à qui il appartient de faire réparer enfin cette trop longue et épouvantable erreur ».

Les campagnes de la famille et des dreyfusards

Les proches du capitaine ont compris que le combat était une affaire d'opinion publique ; ils le livrent comme tel et c'est l'une des raisons pour lesquelles il y a eu passage d'une condamnation pour espionnage à l'Affaire. Mais, dans les courriers des siens de l'été 1896, Alfred Dreyfus sent « une souffrance horrible, un désespoir farouche, de ne pas encore pouvoir annoncer la découverte du coupable ».

Tous ignorent que le colonel Picquart enquête sur Esterhazy ; ils ne sauront qu'un an plus tard les démarches d'Auguste Scheurer-Kestner, vice-président du Sénat. Le 24 octobre 1897, Lucie jure à son mari qu'il sera réhabilité ; elle lui demande « encore un peu de patience (...) notre espoir est grand en un avenir très prochain ». Les Lettres d'un innocent sont publiées après le J'accuse ! de Zola ; ces 158 courriers reçus par Lucie depuis le 4 décembre 1894 témoignent que le capitaine n'avoue aucune culpabilité ; la dernière lettre publiée, du 5 mars 1898 est limpide : « je demande et redemande ma réhabilitation au gouvernement. Et j'attends depuis, chaque jour, d'apprendre que le jour de la justice a enfin lui pour nous ».