Jean Jaurès (1859 - 1914)

Jean Jaurès

Dreyfusard

Hommes politiques

Énonciateur passionné des Preuves de l'innocence du capitaine Dreyfus en 1898, artisan du lancement de la seconde révision, Jean Jaurès était né dans le Tarn, à Castres, le 3 septembre 1859.

Fils d'un négociant en drap, reçu premier à l'École normale supérieure en 1878, il est agrégé de philosophie en 1881 ; enseignant au lycée d'Albi puis, dès 1883, à la faculté des lettres de Toulouse, il devient député républicain de Castres en 1885.

Ardent dreyfusard à partir de 1897, Jaurès s'adresse aux députés, le 24 janvier 1898, demandant qu'on porte au pays « toute la vérité et non pas une vérité mutilée et incomplète » ; il s'agit pour lui d'une « question qui touche aux garanties de la défense pour tout citoyen ». Il dénonce un soupçon détestable, des questions de race et de religion : « envers un juif comme envers tout autre, nous avons le droit de réclamer l'observation des garanties légales ».

Au procès Zola, en février, il dénonce « les paroles sacrées de défense nationale, d'honneur national prostituées pour couvrir des habiletés de procédure » et salue en l'écrivain « l'homme qui vient d'arracher l'État-Major à cette irresponsabilité funeste et superbe où se préparent inconsciemment tous les désastres de la patrie ». Il paie sans doute son engagement d'une défaite aux législatives mais ses convictions demeurent.

En 1903, il reprend la bataille en dénonçant « la légende monstrueuse » du document annoté par Guillaume II, légende nourrie par Henry et une « jurisprudence de calomnie meurtrière allant jusqu'aux racines mêmes de la vie nationale ». Alfred Dreyfus juge son discours admirable « d'une logique saisissante » ; il lance le processus de la réhabilitation.

Fondateur du quotidien L'Humanité en 1904, le ténor du bloc des gauches y défend l'idée d'une « Armée nouvelle ». Assassiné le 31 juillet 1914 par Raoul Villain qui sera acquitté de son crime en 1919, Jean Jaurès entre au Panthéon en 1924, au temps du Cartel des Gauches. En énonçant, en 1964, que ses cendres y sont « veillées par la Justice », André Malraux a nettement lié sa panthéonisation au combat dreyfusard.