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L'Affaire du capitaine

L'Affaire du capitaine

La nouvelle demande d'enquête

Après quelques mois chez des amis suisses, Alfred Dreyfus revient à Paris où les menaces de mort ne lui seront pas plus épargnées que les rumeurs persistantes sur des pièces accablantes, comme le soi-disant bordereau qu'aurait annoté de sa main l'empereur d'Allemagne. Le 26 décembre 1900, veille de la promulgation de la loi d'amnistie, Dreyfus écrit à Waldeck-Rousseau : « Je ne suis pas dépouillé de tous mes droits ; je conserve le droit de tout homme qui est de défendre son honneur et de faire proclamer la vérité. Le droit me reste donc, Monsieur le Président, de vous demander une enquête, et j'ai l'honneur de la solliciter ». Le gouvernement ne va pas donner suite car, à la formule du président Méline du 4 décembre 1897 - Il n'y a pas en ce moment et il ne peut y avoir d'affaire Dreyfus, s'est substitué, le 22 mai 1900, un aussi limpide Il n'y a plus d'affaire Dreyfus.

Charles Péguy le fera remarquer en 1910 : « entre l'affaire Dreyfus elle-même et la deuxième affaire Dreyfus, il y eut un long temps de calme plat, de silence, d'une solitude totale. On ne savait pas alors, du tout, pendant tout ce temps, si l'affaire recommencerait ; jamais ». Le capitaine proclame obstinément que son innocence est absolue : « cette innocence, j'en poursuivrai jusqu'à mon dernier souffle la reconnaissance juridique par la révision ». Tandis que les nationalistes remportent beaucoup de mairies au printemps 1900, les dreyfusardsdreyfusards et dreyfusistes
Le terme générique dreyfusards a désigné les partisans de la révision du procès Dreyfus de 1894 où se retrouvaient défenseurs de procès équitables et critiques du fonctionnement des institutions militaires. De jeunes intellectuels, des juifs, des anticléricaux, des radicaux et des socialistes se sont opposés aux antidreyfusards défenseurs souvent inconditionnels de l'Armée, de l'autorité de la chose jugée, de la Patrie.
Après la grâce, ceux qui continuaient à soutenir le capitaine dans ses démarches pour une réhabilitation sont distingués des dreyfusistes qui estimaient qu'en acceptant de retirer son pourvoi après sa seconde condamnation pour être gracié, Alfred Dreyfus avait cessé d'être le symbole de l'innocence injustement persécutée.
se dispersent en fonction de leurs positions sur la grâce et l'amnistie. Alfred Dreyfus enregistre à regret une rupture complète avec le colonel Picquart et maître Labori. L'historien dreyfusard Gabriel Monod constatera cette réalité : « Les rangs de la petite armée des militants s'éclaircissaient ; l'unité de direction et de tendance s'affaiblissait de plus en plus ». Refusant l'idée d'un comité dont serait exclu son frère Mathieu, Alfred Dreyfus affirme assumer toute entière la responsabilité des décisions à prendre.

La volonté d'un acte de Justice

« Si la grâce qui suivit ma condamnation avait pu être un acte d'humanité, il me fallait un acte de justice ». À cette réflexion d'un de ses carnets correspond aussi l'esprit dans lequel Dreyfus écrit le récit des cinq années écoulées entre son arrestation et son départ de Rennes. Dédié à ses enfants, Cinq années de ma vie paraît le 1er mai 1901 mais ne change rien au statut juridique de son auteur. Le 11 juin, maître Mornard lui déconseille d'ailleurs de saisir la Cour de cassation en utilisant une déposition faite par Esterhazy, devant le consul de France à Londres bien qu'elle contienne l'aveu de l'écriture du bordereau. Un an plus tard, l'avocat témoigne d'une réticence identique à propos de sept éléments que lui soumet son client ; seul le bordereau annoté lui paraît pouvoir acquérir une valeur déterminante mais il remarque qu'on « ne possède, à l'heure actuelle, aucune preuve décisive ». Jusqu'en octobre 1902, V. Duclert observe le silence de l'opinion publique, l'indifférence du pouvoir, la faiblesse du dossier et la persistance des effets moraux de l'iniquité ; toutefois, la victoire du bloc des gauches permet d'espérer une relance parlementaire. L'innocent se réjouit de la parution du 2e tome de L'Histoire de l'affaire Dreyfus même s'il trouve Joseph Reinach « trop indulgent pour des adversaires dénués de toute bonne foi et de tout scrupule » ; il a aussi une raison supplémentaire d'espérer, rapportée par Me Mornard, la récente réplique du conseiller Bard : rester à la solution de la grâce « ce serait la faillite de la Justice ».

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Le citoyen Dreyfus

Cinq années de ma vie dédicacé à Jaurès