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L'enquête du commandant Targe

L'enquête du commandant Targe

La décision du gouvernement

Au début de l'année 1900, une enquête de police sur un faux témoin survenu à Rennes avait été interrompue parce que le gouvernement voulait « l'oubli pour arriver à l'apaisement et à la réconciliation » et considérait l'agitation comme désastreuse pour le pays. Avant même que les députés n'aient adopté la résolution Chapuis laissant le soin d'agir au gouvernement, le général André, ministre de la Guerre, leur a déclaré s'en tenir au jugement de Rennes même si « à aucun moment (il n'a) pu être heureux de voir condamner, pour le plus infâme des crimes, un officier français ». Toutefois il a reconnu que « la conscience de ce pays a singulièrement été inquiétée par l'apparition de circonstances atténuantes dans un crime de cette nature » ; dans le même élan, il a annoncé que le gouvernement entendait « faciliter, dans la plus large mesure, la recherche et la mise en évidence de la vérité dans l'affaire ».

Le ministre s'étant déclaré favorable à l'ouverture d'une enquête administrative, Alfred Dreyfus lui demande comme chef suprême de la justice militaire, « de bien vouloir prescrire une enquête » dès lors que son exclusion de l'amnistie du 17 décembre 1900 a eu pour but de lui « laisser ouvertes les portes de la Cour de cassation » afin de lui permettre de poursuivre sa réhabilitation judiciaire. Sa lettre du 21 avril 1903 évoque la forfaiture de 1894, son renouvellement en 1899 ; il y souhaite voir éclaircie l'utilisation à Rennes du bordereau annoté et d'un faux témoignage. Elle n'est pas suivie d'effet puisque, dès le 7 avril, le général André a décidé d'ouvrir une enquête personnelle qu'il confie à son officier d'ordonnance. Préoccupé des opinions de la hiérarchie militaire, le ministre est « persuadé que l'armée doit mettre son honneur à voir la lumière définitive se faire et à ce que le trouble jeté dans toutes les consciences par l'arrêt accordant des circonstances atténuantes à un crime de haute trahison soit enfin dissipé ».

Les conclusions de l'enquête

Commencé le 4 juin, le travail du capitaine Targe est conduit en un trimestre. Marcel Thomas le définit comme « une fouille méthodique des archives de la rue Saint-Dominique (siège du ministère) le dossier vraiment complet sur lequel travailla la Cour de cassation lors de la deuxième révision ». Dès le 19 octobre, le ministre de la Guerre peut faire une brève synthèse de l'enquête. Il s'avère que plusieurs faux se trouvent encore dans les bureaux du ministère de la Guerre, que des pièces comportent des altérations matérielles, qu'il en existe des commentaires erronés, que des documents à décharge ont été dissimulés et que d'autres sont des « réceptacles de tous les racontars de domestiques congédiés ou de concierges médisants ».

Le 22 novembre, Jaurès communique une partie de ces conclusions à Alfred Dreyfus qui loue l'enquêteur pour sa sagacité et son ardeur dans la recherche de la vérité. Informé que le dossier a été transmis au ministre de la Justice, le capitaine écrit au garde des Sceaux, le 26, pour solliciter de sa justice la révision de l'arrêt du conseil de guerre de Rennes, « condamnation inexplicable après l'arrêt des Chambres réunies de la Cour de cassation (...) prononcée sur fausses pièces et faux témoignages ». Le 26 novembre 1903, à 18 heures 30, Me Mornard fait enregistrer la demande de révision à la chancellerie du ministère de la Justice ; le lendemain, le ministre la transmet au président de la commission de révision.

médias

Le commandant Targe à l'École militaire

La vérité touche au but, 30 novembre 1903