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Les combats de Jaurès

Les combats de Jaurès

L'honneur de démasquer les traîtres

Candidat à sa réélection de député du Tarn, au printemps 1902, Jean Jaurès affirme dans sa profession de foi : « Maintenant, toute la France éclairée et loyale sait la vérité ». Après les sénatoriales, il reçoit Dreyfus et Me Mornard, le 11 janvier 1903. Pour éviter une réponse dilatoire à propos d'une nouvelle demande d'enquête, il expose avec force qu'il faut faire sentir au gouvernement Combes que le parti républicain le soutiendra d'autant plus qu'il enlèvera aux nationalistes « cette arme empoisonnée d'une affaire non solutionnée ». Le capitaine continue alors à remonter aux sources de « tous les racontars relatifs à ce qui s'était passé dans la salle des délibérations du conseil de guerre de Rennes ». Malgré les réticences exprimées par Waldeck-Rousseau, Jaurès tient prêt son discours dès février ; les Carnets de Dreyfus témoignent qu'il veut dénoncer le rôle occulte du bordereau annoté et mettre en scène « tous les auteurs du drame (pour) déchirant tous les voiles, les forcer à s'expliquer publiquement ». Dubitatif, Clemenceau tient à rester en retrait, déplorant toujours la politique de l'amnistie « grâce à laquelle les hommes qu'on va dénoncer demain seront intangibles »

L'assaut devant les députés

Dans La Petite République du 25 mars 1903, Jaurès explique que le pays doit « demander raison à des institutions de mensonge et de caste des fruits de scélératesse qu'elles ont portés », qu'il faut guérir la société « corrompue par l'esprit de caste et de mensonge monacal ». Ainsi qu'il l'a annoncé à ses collègues dès le 23 mars, son discours des 6 et 7 avril a pour but avoué de rouvrir l'Affaire en contenant la propagation de monstrueuses légendes par les nationalistes et en montrant que le procès de Rennes a été hanté par la légende dangereuse et scélérate du bordereau annoté et signé par Guillaume II. Accepter que le parti nationaliste se dresse en accusateur de la République, ce serait « la stupeur de l'histoire, le scandale de la conscience et la honte de la raison ».

Comme l'a écrit Jean-Pierre Rioux, Jaurès est un défenseur déterminé de Dreyfus, « à sa place d'honnête homme, dans son rôle d'intellectuel, et au tout premier rang ». Dans sa vie, l'Affaire marque une évolution car il lie émancipation du prolétariat et conquête de la République, affirmant que « la vraie classe intellectuelle, malgré ses inconsciences et ses ignorances, c'est la classe ouvrière, car elle n'a jamais besoin du mensonge ». La classe politique reste circonspecte : par 235 voix contre 70, « la Chambre, confiante dans le Gouvernement, et résolue à ne pas laisser sortir l'affaire Dreyfus du domaine judiciaire, passe à l'ordre du jour ». Il revient au ministre de la Guerre de diligenter une enquête.