Gabriel Monod (1844 - 1912)

Gabriel Monod

Dreyfusard

Journalistes et intellectuels

Dreyfusard raisonné, voulant « éclairer les esprits sans blesser aucune conviction sincère », Gabriel Monod était né au Havre, en 1844.

Issu d'une famille protestante française célèbre, entré à l'École normale supérieure en 1862, reçu premier à l'agrégation d'histoire en 1865, il fonde la Revue historique en 1876. Ce membre de l'Institut de France, défenseur d'une histoire positiviste, a d'abord, à propos de l'innocence de Dreyfus, « des preuves négatives et des certitudes morales » fondées sur l'attitude du capitaine au moment de sa dégradation, sur ses antécédents et sur les propos de Me Demange ; mais, en 1895, il conseille à la famille de chercher d'abord la piste du coupable.

Même s'il récuse l'idée d'histoire immédiate, l'analyse du bordereau le convainc qu'il n'est pas de la main de Dreyfus et il s'indigne « en voyant se mêler ces haines de religion et de race à une pure question de justice et de patriotisme ». Le 6 novembre 1897, dans une lettre publiée par Le Temps, il déclare sa conviction de l'innocence du capitaine et réclame la révision en niant qu'elle puisse être une insulte à l'armée : « Aucune honte ne saurait être attachée à une erreur consciencieusement commise et consciencieusement réparée ».

Gabriel Monod, co-fondateur de la Ligue des droits de l'homme, dépose devant la chambre criminelle de la Cour de cassation en janvier 1899 et publie, sous le pseudonyme de Pierre Molé, un Exposé impartial de l'affaire Dreyfus. Pendant le procès de Rennes, il se scandalise : « c'est une chose hideuse de voir (les militaires) s'acharner à perdre un malheureux contre lequel ils ne peuvent pas trouver une seule accusation ».

Après la grâce, il commande à Alfred Dreyfus, des comptes rendus de livres pour la Revue historique et l'assure que, quoi qu'il fasse, il le comprendra et le défendra toujours ; dans ses Carnets, le capitaine évoque « un savant historien et un grand cœur, d'une bonté inlassable - un saint laïc ».

La haine de l'Action française poursuit Gabriel Monod et Maurras persiste à dénoncer l'État-Monod et son « influence métèque » lorsqu'il meurt en 1912.