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La presse

Des centaines de titres

Grâce à la loi sur la presse du 29 juillet 1881, très libérale, et aux progrès techniques (impressions rotatives à partir de 1872, composition mécanique par linotype française en 1887), les lecteurs disposent d'une centaine de journaux quotidiens à Paris et de 257 titres en province. Le Petit Journal se vend à un million d'exemplaires ; son supplément hebdomadaire illustré est vendu 5 centimes, avec une couverture en couleurs dès 1890. Les grands titres ont presque tous des suppléments où le ton moralisateur et la théâtralité des illustrations sont en continuité avec la littérature de colportage et inculquent le respect de valeurs modérées (P. Ory).

Une affaire d'opinion publique

Par la presse, l'affaire Dreyfus se développe essentiellement comme une affaire d'opinion publique ce que souhaite le déporté et ce que met en œuvre son frère Mathieu.

Pour l'histoire d'espionnage initiale, c'est le quotidien antisémite, La Libre Parole, qui annonce, le 29 octobre 1894, l'arrestation d'un officier juif et qui fait campagne pour sa condamnation. Pour la relance du dossier, le 15 novembre 1897, c'est dans Le Figaro que Mathieu Dreyfus porte ses accusations contre le commandant Esterhazy. L'affaire devient totalement politique quand L'Aurore publie, sous le titre J'accuse !, la lettre ouverte d'Émile Zola au président de la République. Sa diffusion à 300 000 exemplaires, le 13 janvier 1898, puis les deux procès faits à l'écrivain cristallisent les deux camps.

La presse antidreyfusarde

Le nationalisme et l'antisémitisme fournissent ses grands thèmes à la presse antidreyfusarde ; dénonçant le péril allemand, l'argent juif corrupteur, elle prône le respect de la chose jugée, de l'ordre et de l'Armée. Les journaux hostiles à la révision de la condamnation du capitaine Dreyfus sont très majoritaires ; ils représentent 96% de la presse parisienne en 1898 et encore 85% en 1899 (J. Ponty) ; ils croient longtemps leur victoire assurée même si la majorité de la presse internationale défend l'innocence d'Alfred Dreyfus. Conforme à des centaines de titres, Le Journal de l'Aveyron dénonce une diabolique machination des dreyfusards mais assure que les juifs en « sortiront écrasés, anéantis, voués pour des siècles à l'exécration de tous les Français et traqués comme des bêtes fauves ». C'est le même ton qui irrigue les brochures, chansons et pamphlets.