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Le rôle des intellectuels

Le rôle des intellectuels

Les bastions dreyfusards

À tous les stades du débat, il y a un acte intellectuel caractérisé par des hommes qui s'engagent, souvent s'associent et parfois militent (P. Ory). Quelques individus sont au cœur de la mobilisation, Lucien Herr, bibliothécaire de l'École normale supérieure ; Gabriel Monod, fondateur de la Revue Historique ; Émile Duclaux, directeur de l'Institut Pasteur. L'Académie des sciences, l'École pratique des hautes études, l'ENS font figure de bastions dreyfusards (V. Duclert) où s'affirme le lien entre pratiques du savoir, confrontation interdisciplinaire et citoyenneté.

Lucien Herr a dressé la première liste de dreyfusards potentiels et mobilise le réseau normalien. Le 5 novembre 1897, la lettre ouverte de G. Monod aux grands quotidiens fait une analyse critique du bordereau. D'éminents chartistes témoignent au procès Zola ; si 55 de leurs confrères s'opposent à eux dès le 22 février 1898, ils persistent pour démontrer, à Rennes, que l'écriture du bordereau n'est pas celle de Dreyfus.

Les listes de Protestations

Quarante listes de Protestations sont publiées dans L'Aurore et Le Siècle ; les antidreyfusards y voient une majorité de nigauds et d'étrangers. Dans les 1500 signataires qui défendent Dreyfus à travers Zola, médecins et physiciens voisinent avec anthropologues, linguistes, philologues et chimistes. L'un de ces derniers, Édouard Grimaux, énonce que la vraie méthode scientifique a manqué aux actes d'accusation ; le ministre de la Guerre retire son laboratoire de l'École polytechnique à celui qui se définit pourtant comme « un de ces patriotes chauvins qui courent quand les régiments défilent ». Pour l'opinion publique, c'est pendant l'Affaire qu'apparaît la catégorie des intellectuels.

La synthèse jaurèsienne

À l'automne 1898, dans Les Preuves, Jaurès argumente en utilisant ses acquis de journaliste mais aussi, en normalien philosophe, la tradition rhétorique et la science des textes.

Dans ce livre, Madeleine Rebérioux voit une mise en question de l'ordre social tout entier, une synthèse entre dreyfusisme et socialisme car Jaurès en appelle au prolétariat : « Dreyfus est dépouillé par l'excès même du malheur de tout caractère de classe ; il n'est plus que l'humanité elle-même au plus haut degré de misère et de désespoir qu'on puisse imaginer ». Des voix nombreuses s'élèvent, de plus en plus vigoureusement, pour relayer les protestations du capitaine et des siens.