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Les brochures et les chansons

Les brochures et les chansons

Les brochures pour Dreyfus

Autour de l'Affaire, toute la palette d'interpellation de l'opinion est utilisée ; affiches, albums, tracts complètent les brochures et chansons. Du côté dreyfusard, la première brochure est celle de Bernard Lazare qui est rédigée dès l'été 1895 ; le premier tirage de 3500 exemplaires, imprimé en Belgique, n'est diffusé qu'en novembre 1896, sous un titre limpide, Une erreur judiciaire : la vérité sur l'affaire Dreyfus. C'est en brochures que, peu avant son J'accuse !, Émile Zola publie, les 14 décembre 1897 et 6 janvier 1898, une Lettre ouverte à la jeunesse et une Lettre ouverte à la France rejetées par la direction du Figaro. Des versions augmentées de la brochure de Lazare sont éditées, en 1897 et 1898, par Pierre-Victor Stock ; il diffuse un catalogue spécialisé de 116 titres en 1899 mais devra pilonner plus de cent tonnes de brochures invendables en 1904 (J-Y Mollier).

Parmi les chansons favorables au capitaine, l'une annonce le retour du vaillant martyr de France, pauvre exilé banni de son pays ; d'autres surgissent en Belgique (il doit gémir là-bas pauvre victime), en Pologne (Pleurez pour l'innocent Dreyfus), en Russie (Je ne puis tolérer le chagrin de mon cœur), tandis qu'un Américain compose un two step dreyfusien (G.R. Whyte). Un siècle plus tard, le petit-neveu de Dreyfus, Yves Duteil, grand prix national de la chanson française, chantera son histoire.

Les chansons antidreyfusardes

Du côté antidreyfusard, des centaines de chansons, souvent publiées par Léon Hayard, reprennent des airs populaires pour brocarder Zola l'italien pornographique et Dreyfus pas coupable puisque déjà coupé, à pendre par le pif. Les textes de L'Antijuif et de toute la presse antisémite vomissent les tristes mines des youpins, rupins tripotant pour barboter l'or de la France tandis que l'activité pamphlétaire d'Édouard Drumont et de Henri Rochefort se déploie contre le syndicat de trahison, le traître qui a vendu à l'Allemagne le sang des soldats français comme un boucher vend de la viande. Toutefois, dans les provinces, si l'opinion n'a pas été indifférente, elle n'a pas été hypnotisée par l'Affaire ; les inventaires dans les églises allaient susciter beaucoup plus de troubles.