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Les deux camps et l'apogée des antidreyfusards

Les deux camps et l'apogée des antidreyfusards

L'opinion et l'antisémitisme

Au moment de la dégradation du capitaine Dreyfus, la croyance en son innocence n'est partagée que par ses proches et son avocat. Toutefois, les cris de haine du 5 janvier 1895 et cet étalage de honte suscitent la méfiance du futur maréchal Lyautey. Il écrit du Tonkin, le 12 février : « On en arrive de loin à ne plus croire du tout au sérieux de ce qui se passe en France et à ne plus gober ses corps constitués, sa justice, son administration, voire même ses conseils de guerre. Et ce qui ajoute à notre scepticisme, c'est qu'il nous semble discerner là une pression de la soi-disant opinion (...) Elle hurle 'à la mort' sans savoir contre ce juif, parce qu'il est juif et qu'aujourd'hui l'antisémitisme tient la corde ».

Les certitudes du camp antidreyfusard

C'est ce sentiment et le respect de l'armée qui font du camp antidreyfusard, le camp de la majorité au moment de la condamnation pour espionnage comme au temps de l'Affaire et des procès Zola puis de la première procédure devant la Cour de cassation même si, à la fin d'août 1898, le suicide du colonel Henry a ébranlé des certitudes. La pièce falsifiée dont il a reconnu être l'auteur est vite qualifiée de faux patriotique et Maurras ne craint pas d'affirmer : « votre faux malheureux sera compté entre vos meilleurs faits de guerre ».

En août-septembre 1899, le déroulement du procès de Rennes tourne à l'avantage des antidreyfusards et ils ressentent comme leur victoire, la seconde condamnation qui ne tient aucun compte des attendus du jugement rendu par la Cour de cassation un trimestre plus tôt.

L'engagement dreyfusard

Du côté dreyfusard, après Scheurer-Kestner mobilisé depuis le 13 juillet 1897, les politiques les plus engagés sont Clemenceau, Jaurès et Reinach. Mis à part Le Figaro et L'Aurore créé en octobre 1897 avec Clemenceau comme rédacteur en chef, ils ne peuvent guère compter sur la presse. Ils subissent une première déroute en 1898 avec l'acquittement du commandant Esterhazy, la perte de la vice-présidence du Sénat infligée à Scheurer-Kestner et l'arrestation du colonel Picquart. Si 60 000 personnes signent un manifeste en sa faveur à l'automne, les officiers dreyfusards sont très rares derrière lui et le commandant Forzinetti, ancien directeur de la prison militaire du Cherche-Midi. Dans le monde civil, risquant parfois leurs carrières, les intellectuels vont se mobiliser.

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Affiche sur la culpabilité de Dreyfus et les 5 ministres qui la soutiennent