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Les églises et la franc-maçonnerie

Les églises et la franc-maçonnerie

Les catholiques et l'Affaire

L'antidreyfusisme fut majoritaire dans l'opinion catholique, nourrie d'antisémitisme, de xénophobie et de soupçons quant au rôle des juifs dans la construction de l'État républicain. La Croix, diffusée à 15 000 curés, les Croix de province comme Le Pèlerin se sont montrés très hostiles à Dreyfus en vertu d'un faux principe, être catholique et être Français ne font qu'un. Bien des dreyfusards y virent « un complot clérical, acharné contre Dreyfus et, au-delà, contre la République »; mais J.-M. Mayeur a montré qu'il y a eu des catholiques dreyfusards. Toutefois le Comité catholique pour la défense du droit, fort de 20 membres, n'a reçu que 118 messages de sympathie et l'abbé Pichot a dû quitter le diocèse de Limoges après avoir publié, en 1898, son livre La Conscience chrétienne et l'affaire Dreyfus. La position prise en 1897 par le cardinal-archevêque de Paris, le respect des sentences des juges, demeure celle de l'épiscopat dans les années séparant la grâce de la réhabilitation ; ainsi, en juin 1902 le cardinal-archevêque de Bordeaux indique que les catholiques n'ont pas d'éléments pour juger des affaires pendantes devant les tribunaux.

L'engagement des protestants

Dans le camp de la République laïque, comme les juifs, les protestants sont majoritairement dreyfusards ; leur quotidien Le Signal et leurs pasteurs s'engagent. C'est le pasteur de Rennes qui trouve une maison pour Lucie Dreyfus pendant le procès de 1899. Des protestants sont traités de sans-patrie et La Croix écrit, le 25 décembre 1898 : « Le protestantisme c'est l'ennemi (qui veut même) peut-être la radiation de la France de la carte d'Europe ». Ceci pousse sans doute Le Christianisme au XIXe siècle du 20 janvier 1899, à trouver dangereux d'évoquer un sujet touchant de trop près à la politique et suscitant entre coreligionnaires une nouvelle occasion de se contredire et même de se quereller. Le dreyfusisme fut assez notable pour qu'on accuse les protestants de former un syndicat, acoquiné, pour sauver Dreyfus, au syndicat juif et aux francs-maçons.

Les francs-maçons et l'Affaire

Les francs-maçons, s'ils n'étaient que 20 000, rejetaient pour la plupart l'antisémitisme qui fut condamné, comme le militarisme et le cléricalisme, dans le congrès des loges, à Paris, le 23 juillet 1898. Près de 300 parlementaires étaient francs-maçons dont certains contre Dreyfus tel le président Félix Faure et le ministre des Colonies André Lebon. Mais le convent du Grand-Orient finit par adopter à l'unanimité, le 19 septembre 1898, un texte du conseil de l'ordre des avocats proclamant que « toute violation du droit est une diminution de la patrie » et qu'excuser les illégalités de militaires, c'est « renier la raison d'être de la France ». La vive opposition des deux camps allait rester vivace.

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