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La France et les Juifs avant l'émancipation de 1791

La France et les Juifs avant l'émancipation de 1791

Une succession d'expulsions et de rappels

Présents dans les pays de langue d'oc et de langue d'oïl du royaume de France, les juifs y ont été tour à tour utilisés et persécutés. Expulsés en 1306 par le roi Philippe Le Bel qui s'approprie leurs biens ou les vend, ils sont rappelés dès le printemps 1315 par Louis X qui leur accorde une charte « de commune clamour du peuple ». Louis XII les expulse en 1500 mais, en 1550, Henri II reconnaît aux juifs de Bordeaux liberté de commercer et d'acquérir des biens. Au XVIIIe siècle, les juifs d'Avignon et du comtat Venaissin doivent rester parqués la nuit dans leurs carrières et sont écrasés d'impôts ; en 1782, un tiers des juifs de Carpentras est constitué d'indigents. En Alsace, s'ils disposent d'un cimetière à Hegenheim à partir de 1673, les juifs ashkénazes de l'Est subissent « une politique séculaire d'exclusion et d'humiliation » (R. Badinter).

L'édit de Tolérance

En 1787, l'édit du roi Louis XVI concernant ceux qui ne font pas profession de la Religion Catholique accorde à ses sujets non catholiques, ce que le droit naturel ne lui permet pas de leur refuser, « de faire constater leurs naissances, leurs mariages et leurs morts, afin de jouir, comme tous nos autres sujets des effets civils qui en résultent ». Dans un pays de 25 millions d'habitants, les juifs ne sont que 40 000 dont la moitié en Alsace ; l'hostilité qu'ils y suscitent leur fait inscrire, sur leurs cahiers de doléances, qu'il soit « défendu à tout homme public d'user d'épithètes blessantes envers les Juifs ». Ils trouvent en Mirabeau un défenseur ; il affirme que la patrie des hommes « est le lieu de leur naissance et de leur éducation (...) Qu'importe la diversité du culte ». Mais, à Strasbourg, la société des amis de la Constitution doit dénoncer, en 1790, les fables antisémites contées aux enfants qui « jettent dans leurs cœurs des germes de haine qui se développent par l'éducation, s'enracinent et deviennent indestructibles ».

Tout accorder aux juifs comme citoyens

Les protestants avaient été les principaux bénéficiaires de l'édit de Tolérance de 1787 mais le pasteur Rabaut Saint-Étienne demandait toujours à la Convention, « pour tous les non-catholiques du royaume, la liberté, l'égalité des droits » ; il assurait que le peuple juif, toujours errant, toujours proscrit, toujours persécuté « prendrait nos mœurs et nos usages si, par nos lois, il était incorporé avec nous ». Le sort des juifs a occupé une quarantaine d'heures de débats à l'Assemblée constituante entre mai 1789 et septembre 1791 ; une dizaine de députés s'est mobilisée avec Clermont-Tonnerre qui proclama qu'il fallait tout accorder aux juifs comme citoyens mais tout leur refuser comme nation. La logique d'unification culturelle de la République, développée par l'abbé Grégoire, visait aussi bien le yiddish que le basque et le breton mais c'est dans une perspective de fraternité qui devait faire sortir la majorité des juifs d'une condition misérable.

médias

En 1315, Louis X accorde une charte aux juifs

Les juifs célébrant la Pâque

Contrat de mariage de juifs bordelais

Édit de Tolérance de 1787