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Les antisémitismes au seuil du XXe siècle

Les antisémitismes au seuil du XXe siècle

L'antijudaïsme et l'antisémitisme

Nourri d'accusations séculaires sur les juifs perfides et déicides, crucificateurs de Jésus-Christ, l'antijudaïsme chrétien est vivifié par un antisémitisme anticapitaliste. Dès 1846, spéculateurs catholiques, israélites ou protestants étaient tous qualifiés de juifs par Alphonse Toussenel, dans Les Juifs, rois de l'époque. Après le krach de la banque catholique l'Union générale intervenu en 1882, la faillite de la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama ruine, en 1889, 85 000 souscripteurs. Édouard Drumont va dénoncer dans son quotidien La Libre Parole, en 1892, la corruption de 140 parlementaires et l'imputer au rôle néfaste des financiers juifs. Depuis 1886, son livre La France juive, vendu à près de 150 000 exemplaires, regroupe tous les éléments anti-judaïques, judéophobes et antisémitiques ; ses lecteurs peuvent reprendre des rimes de 1791, du Journal de la Cour et de la Ville : « Il faut judaïser pour être citoyens. Pour prêtres, nous aurons l'usurier de Judée, le sophiste impudent, le protestant, l'athée ».

L'antisémitisme raciste

La République juive et maçonne est redoutée parce que la mobilité sociale y met en péril une civilisation achevée (M. Winock). Drumont pousse son délire caricatural et absurde à la physiologie soi-disant spécifique du juif, évoquant la main moelleuse et fondante du traître et son immunité particulière : « il semble qu'il y ait en lui une sorte de peste permanente qui le garantit de la peste ordinaire » ! L'antisémitisme raciste renforce les antisémites chrétiens et anticapitalistes ; il s'appuie sur des réflexions de Renan qui évoquait, en 1855, la race sémitique, combinaison inférieure de la nature humaine. Scientisme dévoyé et préjugés populaires sur les juifs allemands ou alsaciens germanophones fortifient les nationalistes xénophobes au temps de l'affaire Dreyfus. Après que Maurice Barrès eut déduit la culpabilité du capitaine de sa race, l'année 1898 voit se multiplier les manifestations de haine contre Zola, les francs-maçons et les juifs ; des catholiques en sont souvent les animateurs. Tandis que 200 députés se déclarent favorables à l'exclusion des juifs de l'Administration, La Croix du Midi affirme la légitimité de l'antisémitisme, « premier effort de l'indigène français pour reconquérir le sol natal ».

médias

La foule injurie Zola en 1898

Caricatures antidreyfusardes