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Les Juifs dans l'État républicain

Les Juifs dans l'État républicain

La gloire de servir l'État

Peu avant la Révolution, un juriste berlinois déplorait qu'en France la population juive fût « resserrée et opprimée » mais rejetait son accès à la fonction publique, « la gloire de servir l'État ». Au dernier quart du XIXe siècle, si le Reich exclut toujours les juifs de l'Armée, il n'en va pas de même en France, où depuis le 27 septembre 1791, l'Assemblée a donné aux juifs le droit d'être admis à tous les emplois. Dès le 29 janvier 1790, la Commune de Paris avait pris acte que les juifs « partagent les honneurs et les fatigues du service militaire », leur donnant témoignage « du patriotisme dont ils ont donné des preuves ». À l'initiative de Napoléon Ier, 95 députés juifs réunis entre juillet 1806 et avril 1807 - le Grand Sanhédrin - admettent que les juifs soient soumis aux règles du Code civil de 1804 et considèrent le service militaire comme un devoir sacré.

Les juifs d'État sous la IIIe République

Si un premier préfet juif est nommé pendant le Second Empire, c'est la IIIe République qui ouvre réellement la Haute Fonction publique à des personnalités juives tandis que le décret Crémieux du 24 octobre 1870 fait des juifs d'Algérie, des citoyens français. L'annuaire des Archives israélites dresse un tableau d'honneur de ceux qui obtiennent de l'avancement, justifiant l'émancipation de 1791 qui a donné d'utiles citoyens concourant au bonheur et à la grandeur de la Patrie. En novembre 1870, Léopold Sée est le premier juif nommé général de brigade ; en 1876, à Montpellier, pendant l'office de kippour, le sénateur Adolphe Crémieux exhorte les soldats juifs à aimer la République qui leur a « donné des droits et des devoirs égaux », à avoir des liens fraternels avec leurs camarades.

Au sommet du pouvoir politico-administratif, Pierre Birnbaum a dénombré 171 juifs d'État - fous de la République - parlementaires, conseillers d'État, généraux, magistrats et préfets, tous attachés aux principes de 1789. Pour la période 1870-1940, il a répertorié 25 généraux, 34 magistrats et 42 préfets israélites ; 15 magistrats et 15 généraux sont originaires de l'est de la France.

Dans le corps des officiers généraux, 16 sont issus de l'École polytechnique et 14 viennent de familles du monde industriel et commercial ; c'est souvent par leurs mariages qu'ils acquièrent une véritable aisance financière. Français originaire d'Alsace, polytechnicien, fils d'industriel, gendre d'un négociant en diamants, breveté d'état-major, le capitaine Dreyfus peut légitimement prétendre à une destinée de général. En suscitant l'Affaire, les antisémites vont briser cette ambition.

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